CHAPITRE XLVIII
trouver au jugement. Cinq juges s'absentèrent, quelques uns opinèrent pour le seul bannissement; mais Luines sollicita avec tant d'ardeur, que la pluralité fut pour brûler une maréchale de France, comme sorcière. Elle fut traînée dans un tombereau à la Grève, comme une femme de la lie du peuple. Toute la grâce qu'on lui fit fut de lui couper la tête avant de jeter son corps dans les flammes ( 8 juillet 1617 ).
On croirait qu'un tel arrêt est du dixième siècle. Le parlement, en condamnant la mémoire du maréchal, eut soin d'insérer dans l'arrêt que désormais aucun étranger ne serait admis au conseil d'état; cette clause était plus qu'on ne demandait. Luines, qui eut beaucoup plus de pouvoir que Concini, était étranger lui-même, étant né sujet du pape*.
*« L'avocat-général Le Bret m'a dit (au cardinal de Richelieu) ' que les imputations qu'on fesait à la défunte étaient si frivoles et « les preuves si faibles, que, quelques sollicitations qu'on lui fît « qu'il était nécessaire pour l'honneur et la sûreté de la vie du roi « qu'elle mourût, il ne voulut jamais donner ses conclusions à la « mort, que sur l'assurance qu'il eut, par la propre bouche de « Luines , qu'étant condamnée , le roi lui donnerait sa grâce. • Hîsiolre as la Mère et du Fils, année 1617.
Elle mourut avec courage au milieu des larmes du peuple, dont son malheur et l'avide cruauté de ses ennemis avaient changé les sentimens.
Le a juin 1617, l'évéque de Mâcon, portant la parole au nom du clergé assemblé, dit au roi que la première action de son règne lui ayant mérité le nom de Juste , il doit faire rendre aux églises catholiques les biens des églises protestantes de Béarn. Ainsi l'on vit im
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CHAPÏTUE XLIX.
Arrêt du parlement en faveur d'Aristote. Habile friponnerie d'un nonce. Mort de l'avocat-général Scrvin en parlant au parlement.
Cette cruelle démence , de condamner aux flammes pour un crime qu'il est impossible de commettre, n'était pas particulière à la France. Presque toute l'Europe était alors infectée de la croyance à la magie, aux possessions du diable, aux sortilèges de toute espèce. On condamnait même quelquefois des sorciers dans les pays pro-
év^que louer un prince d'avoir commis iin assassinat, afin d'obtenir de lui la permission de commettre un vol.
Un homme accusé d'avoir écrit un libelle contre Luines fut rompu vif; un autre, qui en avait fait une copie, fut pendu.
On en roua un troisième, sous prétexte qu'il avait voulu assassiner la reine -mère. Mais au contraire c'était Luines qu'il voulait assassiner; il s'en était ouvert à un espion de Luines, qui fesait semblant d'en être ennemi; et pour ne pas rendre cet espion suspect au parti de la reine, Luines imagina de substituer un projet contre la reine à un projet contre lui. On eut la précaution d'ordonner de brûler le procès de ce malheureux avec son corps. Il était prêtre , et Pespion qui le dénonçait était un homme de la cour.
On poursuivit avec fureur Bardin, secrétaire d'état sous Concini. Enfermé à la Bastille, il fut interrogé par des conseillers d'état. Luines montra ses réponses au conseiller du grand conseil , Lasnier , qui promit, d'après ces pièces, de faire rendre un arrêt de mort contre Bardin. Lasnier et La Greslière furent nommés ses rapporteurs. Bardin demanda d'être renvoyé au parlement en sa qualité de secrétaire du roi. On lui refusa son renvoi. Il est singulier qu'en France on crût alors avoir besoin d'un privilège pour demander ce