CHAPITRE XLIX. O.G(J
testans. Cette superstition était malheureusement liée à la religion. La raison humaine n'avait pas encore fait assez de progrès pour distinguer les temps où Dieu permettait que les Pharaon eussent des magiciens, et Saûlune pythonisse, d'avec les temps où nous vivons.
Il y a une autre espèce de superstition moins dangereuse, c'est un respect aveugle pour l'antiquité. Ce respect, qui a nui aux progrès de l'esprit pendant tant de siècles, était poussé pour Aristote jusqu'à la crédulité la plus servile. La fortune de ses écrits était bien changée de ce qu'elle avait été quand elle parut en France pour la pre-
qui , dans tous les pays , est le droit de chaque citoyen. Bardin prolesta contre les réponses extrajudiciaires qu'il avait faites aux conseillers d'itat. Ses protestations ne furent pas écoutées.
Luines sollicita ouvertement tous les juges. Ceux qui résistèrent à la corruption crurent être obligés, pour le sauver, de le condamner à un bannissement; exemple qu'imitèrent depuis les juges du surintendant Fouquet. Cependant déjà une voix de plus l'avait condamné à la mort, lorsqvi'un des juges s'évanouit; revenu à lui, on le ramena dans l'assemblée ; « Messieurs , dit-il , vous voyez en quel " état j'ai été; Dieu m'a fait voir la mort, qui est une chose si hor- « rible et si effroyable, que je ne puis me porter à condamner un « innocent comme celui-ci, de qui il s'agit. J'ai ouï quelques opinions « qui vont au bannissement; s'il y en a quelqu'une plus douce, je • prie le conseil de me le dire, afin que j'en sois. » Alors les jeunes conseillers revinrent presque tous à l'avis du bannissement ; le président de Bercis, seul parmi les présidens, se joignit à eux, et Bardin fut sauvé. Voyez VUlsioire de la Mère et du Fils *.
' * Cet ouvrage est du cardinal de Richelieu, quoique attribué longtemps à Mézerai. (Clog.)
ayO HISTOIRE DU PARLEMENT DE PARIS.
mière fois, du temps des Albigeois. Un concile alors avait condamné Aristote comme hérétique, mais depuis il avait régné despotiquement dans les écoles.
Il arriva qu'en 1624 deux chimistes parurent à Paris. La chimie était une science assez nouvelle. Ces chimistes admettaient cinq élémens différens des quatre élémens d' Aristote. Ils n'étaient pas non plus de son avis sur les catégories ni sur les formes substantielles. Ils publièrent des thèses contre ces opinions du philosophe grec. L'université cria à l'hérésie; elle présenta réquête au parlement. La rumeur fut si grande que les nouveaux docteurs furent mis en prison , leurs thèses lacérées en leur présence par un huissier, les deux délinquans condamnés au bannissement du ressort du parlement; enfin il fut défendu par le même arrêt, sons peine de la vie, de soutenir aucune thèse sans la permission de la Faculté.
Il faut plaindre les temps où l'ignorance, et la fausse science, encore pire, avilissaient ainsi la raison humaine : et malheureusement ces temps étaient bien proches du nôtre. Nous avions eu cependant des Montaigne, des Charron, des de Thou, des L'Hospital; mais le peu de lumière qu'ils avaient apportée était éteinte, et cette lumière même n'éclaira jamais qu'un petit nombre d'hommes.