‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 146 sur 217 · CHAPITRE XLIX. 27 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX. 27 I

Si le parlement, ayant plus étudié les droits de la couronne et du royaume que la philosophie, tombait dans ces erreurs, qui étaient celles du temps, il continuait toujours à détruire une autre erreur que la cour de Rome avait voulu introduire dans tous les lieux et dans tous les temps , et qui était Terreur de presque tous les ordres monastiques ; c'était ce préjugé incroyable, établi depuis le pape Grégoire VII, que les rois sont justiciables de l'église. On a vu qu'aux états de i6i4et i6i5 ce préjugé avait triomphé des voeux du peuple et du zèle du parlement. (1626) Cette odieuse ques^ tion se renouvela encore à l'occasion d'un libelle imputé au jésuite Garasse, le plus dangereux fanatique qui fût alors chez les jésuites. On reprochait dans ce libelle au roi et au cardinal de Richelieu les alliances de la France avec des princes protestans, comme si des traités que la politique ordonne pouvaient avoir quelque rapport à la religion. On poussait l'insolence dans ces libelles jusqu'à dire que le roi et ses ministres méritaient d'être excommuniés. Le parlement ne manqua ni à l'inutile cérémonie de brûler le libelle, ni au soin plus sérieux de rechercher l'auteur.

L'assemblée du clergé remplit son devoir en condamnant le livre; mais Spada, nonce du pape, se servit d'une ruse digne d'un prêtre italien, en fesant faire une traduction latine de cette censure,

traduction infidèle, et dans laquelle la condamnation était totalement éludée. Il la fit signer par quelques évéques, et l'envoya à Rome comme un monument de la soumission de la couronne de France à la tiare.

Le parlement découvrit la supercherie; non seulement il condamna la traduction latine, mais il inséra dans la condamnation qu'on procéderait contre les étrangers qui avaient conduit cette fourberie. Le clergé prit alors le parti du nonce Spada; il s'assembla : comme son assemblée légale était finie, le parlement lui ordonna de se séparer , et enjoignit , selon les lois , aux évéques d'aller résider dans leurs diocèses; mais alors le pape avait tant d'influence dans les cours de sa communion, que le cardinal de Richelieu était obligé de le ménager et comme cardinal et comme ministre. On évoqua toute cette affaire au conseil du roi, on l'assoupit, jusqu'à la première occasion qui la ferait renaître; il n'y avait point alors d'autre politique.

Précisément dans ce temps -là même il fallait de l'argent , et ce sont là de ces affaires qui ne s'assoupissent pas. Les guerres civiles contre les huguenots sous le ministère du duc de Luines, la guerre de la Valteline sous le cardinal de Richelieu , avaient épuisé toutes les ressources. Les huguenots du royaume, maltraités par Richelieu,

CHAPITRK XLIX. l'j'^

recommençaient encore la guerre. Le roi fut obligé d'aller lui-même au palais faire vérifier des édits bursaux. On consultait souvent dans ces édits plutôt la nécessité pressante que la proportion égale des impôts , et Tutilité du peuple. L'avocatgénéral Servin fut frappé de mort subite en prononçant sa harangue au roi : « Vous acquérez, « disait-il, une gloire plus solide en gagnant le <c cœur de vos sujets qu'en domptant vos ennemis. « A ces dernières paroles la voixJui manqua, une apoplexie le saisit, et on l'emporta expirant.

Le jésuite d'Avrigni, auteur des Mémoires chronologiques, d'ailleurs exacts et curieux, prétend qu'il mourut en parlant contre les jésuites dans une affaire qui survint immédiatement après.

Il était toujours question de cet horrible système de la puissance du pape sur les rois et sur les peuples. Il semblait que le sang de Henri IV eût fait renaître les tètes de cette hydre. Santarelli, jésuite italien, publia cette doctrine dans un nouveau livre approuvé par Vitelleschi , général de cet ordre, et dédié au cardinal de Savoie. Jamais on ne s'était exprimé d'une manière si révoltante. (i3 mars i6:i6) Le livre fut brûlé à Paris selon l'usage; mais ces exécutions ne produisant rien, il fut agité dans le parlement si on chasserait les jésuites une seconde fois. ïl ordonne au provincial , à trois recteurs , et à trois profès de compa-

HIST. DU PABLEUÎ. l8

raître le lendemain. Ils arrivèrent au milieu clu peuple indigné qui bordait les avenues du palais. Le jésuite Cotton, alors provincial, porte la parole. On lui demande s'il croit que le pape puisse excommunier et déposséder le roi de France? « Ab! répondit-il, le roi est fils aîné de l'église, il a ne fera jamais rien qui oblige le pape à en venir « à cette extrémité. » Mais , lui dit le premier président , ne pensez-vous pas comme votre père général, qui attribue au pape cette puissance? «Ah! c< notre père général suit les opinions de Rome où « il est, et nous celles de France où nous sommes. » Et si vous étiez à Rome que feriez-vous? «Nous rt ferions comme les autres. )) Ces réponses pouvaient attirer aux jésuites l'abolition de leur ordre en France : ils en furent quittes pour signer quatre propositions concernant les libertés de l'église gallicane, ou plutôt de toute l'église, qui sont en partie celles que nous verrons en 1682. Le roi défendit au parlement de passer outre.

La Sorbonne, redevenue française après avoir été ultramontaine sous Henri III et sous Henri IV, fit non seulement un décret contre Santarelli et contre toutes ces prétentions de Rome, mais ordonna que ce décret serait lu publiquement tous les ans. La cour ne permit pas cette clause, tant il paraissait encore important déménager ce qu'on ne pouvait assez réprimer î

CllAPlïRI! I,. 375

Page 1