CHAPITRE IV. 3l
furent jugés que par des commissaires du pape CUément Y.
(i3 octobre i3o7) D'abord le roi fit arrêter les templiers par ses baillis et par ses sénéchaux. Le pape lui-même interrogea, dans la ville de Poitiers, soixante et douze de ces chevaliers, parmi lesquels il est à remarquer qu'il y avait des prêtres : ils furent gardés au nom du pape et du roi. Le pape délégua, dans chaque diocèse, deux chanoines, deux jacobins, deux cordeliers, pour condamner, suivant les saints canons , ces guerriers qui avaient versé leur sang pour la religion chrétienne; mais qui étaient accusés de quelques débauches et de quelques profanations. Le roi luimême, croyant faire un acte d'autorité qui éludait celle du pape, en se joignant à lui, fit expédier, par son conseil privé, une commission à frère Guillaume Parisius , inquisiteur du pape en France , pour assister à l'interrogatoire des templiers; et nomma aussi des barons , dans la commission , comme Bertrand de Agassar, chevalier; le sénéchal de Bigorre, le sénéchal de Beaucaire.
(i3o8) Le roi convoqua» une grande assemblée à Tours , pour résoudre , en la présence du pape et en la sienne, quel usage on ferait du bien des templiers mis en séquestre. Plusieurs hauts barons envoyèrent des procurations. Nous avons encore à la Bibliothèque du roi celle de Robert ,
comte de Flandre; de Jeanne de l'Ile, dame de Mailli; de Jean, fils aîné du duc de Bretagne; d'Élie de Talleyrand, comte de Périgord ; d'Artus , comte de Richemont, prenant depuis le titre de duc de Bretagne ; d'un Thibaut , seigneur de Rochefort ; enfin de Hugues , duc de Bourgogne.
A l'égard du jugement prononcé contre les templiers, il ne le fut que par les commissaires du pape, Bernard, Etienne et Landulphe, cardinaux, quelques évéques et des moines inquisiteurs. Les arrêts de mort furent portés en 1 809 , et non en i3o7 ^ : les actes en font foi, et la Chronique de Saint-Denis le dit en termes exprès. On dit que l'église abhorre le sang; elle n'a pas apparemment tant d'horreur pour les flammes. Cinquante-neuf chevaliers furent brûlés vifs à Paris, à la porte Saint-Antoine, tous protestant de leur innocence, tous rétractant les aveux que les tortures leur avaient arrachés.
Le grand-maître Jacques Molai, égal par sa dignité aux souverains ; Gui , frère du dauphin d'Auvergne , furent brûlés dans la place vis-à-vis laquelle est aujourd'hui la statue de Henri IV. Ils prirent Dieu à témoin tant qu'ils purent parler,
» * Les templiers ayant été arrêtés le 1 3 octobre 1 807 , et condamnés en iSog, Voltaire a donc commis une erreur en disant, dans le chap. i.xvi de \ Essai sur les mœurs, que leur accusation et leur emprisonnement sont de iSog. (Clog.)