‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 173 sur 217 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

loquent, s'opposait autant qu'il pouvait aux innovations intéressées et ambitieuses de Law.

Pendant ce temps-là il se formait un parti assez considérable contre la régence du duc d'Orléans. La duchesse du Maine en était lame; le duc du ?»laine y entrait par complaisance pour sa femme. Le cardinal de Polignac s'en était mis pour jouer un rôle; plusieurs seigneurs attendaient le moment de se déclarer; ce parti agissait sourdement de concert avec le cardinal Alberoni, premier ministre d'Espagne ; tout était encore dans le plus grand secret, et le duc d'Orléans n'avait que des soupçons. Il fallait qu'il se préparât à la guerre contre l'Espagne, qui paraissait inévitable. Il fallait qu'en même temps il acquittât une partie des dettes immenses que Louis XÏV avait laissées : il fallut faire plusieurs règlemens que le régent crut utiles, et que le chancelier d'Aguesseau crut pernicieux. Il exila le chancelier à sa maison de campagne, et nomma garde des sceaux et vice-chancelier le conseiller d'état lieutenant de police de Paulmi d'Argenson, homme d'une ancienne noblesse, d'un grand courage dans les difficultés, d'une expédition prompte , d'un travail infatigable, désintéressé, ferme, mais dur, despotique, et le meilleur instrument du despotisme que le régent pût trouver. 11 eut tout d'un coup les sceaux à la place de M. d'Aguesseau, et l'administration

des finances à la place du duc de Noailles ; mais il n'eut ces deux places qu'à condition qu'il établirait de tout son pouvoir le système de Law , qui allait bientôt se déployer tout entier. Law était sur le point d'être le maître absolu de tout l'argent du royaume ; et le garde des sceaux d'Argenson , déclaré vice -chancelier, devait n'avoir dans c-^tte partie que la fonction de sceller les caprices d'un étranger.

Il mit d'abord toute l'activité de son caractère à soutenir le système de Lav^ , dont il sentit bientôt après les prodigieux abus. Une des grandes démences de ce système était de décrier l'argent pour y substituer des billets , au lieu que le papier et l'argent doivent se soutenir l'un par l'autre. Law rendait un grand service à la nation en y établissant une banque générale, telle qu'on en voit en Suède, à Venise, en Hollande et dans quelques autres états; mais il bouleversait la France en poussant les actions de cette banque jusqu'à une valeur chimérique, en y joignant des compagnies de commerce imaginaires, et en ne proportionnant pas ces papiers de crédit à l'argent qui circulait dans le royaume.

Pour commencer à avilir les espèces, on les refondit. (3o mai 1 7 1 8) Le ministère ordonna que le marc d'argent, qui, après avoir essuyé plusieurs variations rapides depuis la mort de Louis XIV,

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