CHAPITRE LX. 3/|I
« et le roi ne pouvant rien sans son parlement, « celui-ci deviendrait bientôt législateur nécessaire « du royaume; et ce ne serait plus que sous son « bon plaisir que sa majesté pourrait faire savoir « à ses sujets quelles sont ses intentions. »
Après ce discours on lut un édit qui défendait au parlement de se mêler jamais d'aucune affaire d'état, ni des monnaies, ni du paiement des rentes, ni d'aucun objet de finance.
M. de Lamoignon, avocat du roi, résuma cet édit, en fesant une espèce de protestation modeste. Le premier président demanda la permission de délibérer.
M. d'Argenson répondit : « Le roi veut être obéi, « et obéi dans le moment. »
Aussitôt on lut un nouvel édit par lequel on rétablit les pairs dans la préséance sur les présidens à mortier, et sur le droit d'opiner avant eux; droit que les pairs n'avaient pas voulu réclamer au lit de justice qui donna la régence, mais qu'ils revendiquaient dans un temps plus favorable.
Enfin on termina cette mémorable séance en dégradant le duc du Maine, soupçonné d'être trop uni avec le parlement. On lui ôta la surintendance de l'éducation du roi , qui fut donnée sur-le-champ au duc de Bourbon - Condé , et on 1& priva des honneurs de prince du sang, que l'on conserva au comte de Toulouse.
3l[1 HESTOIRK DU PARLEMENT DE PARIS.
Le parlement , ainsi humilié dans cette assemblée solennelle , déclara le lendemain , par un arrêt, qu'il n'avait pu, ni dû, ni entendu avoir aucune part à ce qui s'était passé au lit de justice. Les discours furent vifs dans cette séance. Plusieurs membres étaient soupçonnés de préparer la révolution que la faction du duc du Maine, ou plutôt de la duchesse sa femme, méditait secrètement : on n'en avait pas de preuve, et on en cherchait.
(171 8) La nuit du 28 au 29 auguste, des détachemens de mousquetaires enlevèrent dans leurs maisons le président Blamont , et les conseillers Feideau de Galende et Saint -Martin. Nouvelles remontrances au roi dès le lendemain.
Le garde des sceaux répondit d'une voix sèche et dure : « Les affaires dont il est question sont c( affaires d'état qui demandent le secret et le sice lence. Le roi est obligé de faire respecter son (t autorité : la conduite que tiendra son parlement « déterminera les sentimens de sa majesté à son ce égard. >»
Le parlement cessa alors de rendre la justice. Le régent lui envoya le 5 septembre le marquis d'Effiat pour lui ordonner de reprendre ses fonctions, en lui fesant espérer le rappel des exilés; on obéit, et tout rentra dans l'ordre pour quelque temps.