‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 178 sur 217 · CHAPITRE LXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXL

L'Écossais Law contrôleur général ; ses opérations ; ruine de

l'état.

Quiconque veut s'instruire remarquera que dans la minorité de Louis XIV, l'objet le plus mince arma le parlement de Paris, et produisit une guerre civile; mais que, dans la minorité de Louis XV, la subversion de l'état ne put causer le moindre tumulte. La raison en est pilpable. Le cardinal de Richelieu avait aigri tous les esprits, et ne les avait pas abaissés. Il y avait encore des grands, et tout respirait la faction à la mort de Louis XIII. Ce fut tout le contraire à la mort de Louis XIV. On était façonné au joug, il y avait

très peu d'hommes puissans. Une raison beaucoup plus forte encore, c'est que le système de Law, en excitant la cupidité de tous les citoyens, les rendait insensibles à tout le reste. Le prestige se fortifia de jour en jour. ( 1 7 19) La conspiration du prince de Cellamare, ambassadeur d'Espagne, découverte à Paris , la prison et l'exil de ses adhérens , la guerre bientôt après déclarée au roi d'Espagne , ne servirent dans Paris qu'à l'entretien de quelques nouvellistes oisifs qui n'avaient pas de quoi acheter des actions. Le régent avait-il besoin de cinquante millions pour soutenir la guerre, Law les fesait avec du papier.

Cet Ecossais, qui s'était fait catholique, mais qui ne s'était pas fait naturaliser légalement, fut déclaré enfin contrôleur général des finances (5 janvier 1720), le décret de prise de corps décerné contre lui par le parlement subsistant toujours.

C'était un charlatan à qui on donnait l'état à guérir, qui l'empoisonnait de sa drogue, et qui s'empoisonnait lui-même. On était si enivré de son systènfle, que de toutes les grandes terres qu'il acheta en France, il n'en paya aucune en argent. 11 ne donna que des à compte en billets de banque. On le vit marguillier d'honneur à la paroisse Saint- Roch. Il donna cent mille écus à cette paroisse, mais ce ne fut qu'en papier. •

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