‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 179 sur 217 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

Après avoir porté la valeur numéraire des espèces à un prix exorbitant , il indiqua des diminutions successives. Le public, craignant ces diminutions sur l'argent, et, croyant, sur la foi de Law, que les billets avaient un prix immuable, s'empressait en foule de porter son argent comptant à la banque, et les plaisans leur disaient : Messieurs, ne soyez pas en peine; on vous le prendra tout.

Que devenait donc tout l'argent du royaume? les gens habiles le resserraient. Law en prodiguait une grande partie à l'établissement de sa compagnie des Indes orientales qui enfin a subsisté longtemps après lui; et il fit du moins ce bien au royaume : ce qui a fait penser qu'une partie de son système aurait été très utile si elle avait été modérée. Mais il remboursait en papier toutes les dettes de l'état; charges supprimées , effets royaux, rentes de l'Hôtel-de- Ville. Tous les débiteurs payaient en papier leurs créanciers. La France se crut riche; le luxe fut proportionné à cette confiance : mais bientôt après tout le monde se vit pauvre, excepté ceux qui avaient réalisé : c'était un terme nouveau introduit dans la langue par le système.

Enfin il eut l'audace de faire rendre un arrêt du conseil par lequel il était défendu de garder dans sa maison plus de cinq cents livres en es-

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pèces, SOUS peine de confiscation : c'était le dernier ciegré d'une absurdité tyrannique. Le parlement, fatigué de ces excès, engourdi par la multitude d'arrêts contradictoires du conseil, ne fît point de remontrances, parce qu'il en aurait fallu faire chaque jour.

(21 mai 1720) Le désordre croissant, on crut y remédier en réduisant tous les billets de banque à moitié de leur valeur. Ce coup ne servit qu'à faire sentir à tout le monde l'état déplorable de la nation. Chacun se vit ruiné en se trouvant sans argent et en perdant la moitié de ses billets; et quoiqu'on réfléchît peu, on sentait que l'autre moitié était aussi perdue.

Le gouvernement, étonné et incertain, révoqua la malheureuse défense de garder des espèces dans sa maison, et permit de faire venir de l'or et de l'argent de l'étranger, comme si on en pouvait faire venir autrement qu'en l'achetant. Le ministère ne savait plus où il en était, et rien n'apaisait les alarmes du public.

(7 juin 1720) Le régent fut obligé de congédier le garde des sceaux d'Argenson, et de rappder le chancelier d'Aguesseau.

Law lui porta la lettre de son rappel, et d'Aguesseau l'accepta d'une main dont il ne devait rien recevoir; il était indigne de lui et de sa place de rentrer dans le conseil, quand Law gouvernait

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