‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 183 sur 217 · CHAPITRE LXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXII

C'était un de ces philosophes dégagés des préjugés , élevé dans sa jeunesse auprès de la fameuse Ninon de Lenclos. Il y parut hien à sa mort, qui arriva deux ans après. Il avait toujours dit à ses amis qu'il trouverait le moyen de mourir sans les sacremens de l'église, et il tint parole.

Voilà l'homme qui se mit en tête de faire ce que Louis XIV n'avait pu, d'ohliger le cardinal de Noailles à rétracter son appel de la bulle; et de la faire enregistrer sans restriction au parlement de Paris.

Il y avait alors un évéque de Soissons, nommé Languet, qui passait pour bien écrire, parce qu'il fesait de longues phrases, et qu'il citait les pères de l'église à tout propos. C'est le même qui fit depuis le livre de Marie Alacoque, Dubois l'engagea à composer un corps de doctrine qui pût à la fois contenter les évéques adhérens au pape, et ne pas effaroucher le parti du cardinal de Noailles. Languet crut que son livre opérerait la paix do l'église, et qu'il aurait le chapeau que Dubois prit pour lui-même.

Dubois flatta le cardinal de Noailles, et menaça le parlement de Paris de l'envoyer à Blois, s'il refusait d'enregistrer. Il essuya de longs refus de? deux côtés , mais il ne se rebuta point.

Il imagina d'abord que, s'il fesait enregistrer la bulle à un autre tribunal qu'au parlement, ce

corps craindrait qu'on ne s'accoutumât à se passer de lui, et en deviendrait plus docile. Il s'adressa donc au grand conseil; il y trouva autant de résistance qu'au parlement de Paris, et il ne se rebuta pas encore. Ce tribunal n'étant composé que d'environ cinquante membres ordinaires, il ne s'agissait que d'y venir avec un nombre plus considérable de ceux qui avaient droit d'y prendre séance.

Le duc d'Orléans y amena tous les princes, tous les pairs, des conseillers d'état, des maîtres des requêtes; et le chancelier d'Aguesseau oublia tous ses principes, au point de se livrer à cette manœuvre ; il fut l'instrument du secrétaire d'état Dubois. On ne pouvait guère s'abaisser davantage. La bulle fut aisément enregistrée à la pluralité des voix, comme une loi de l'état et de l'église. Le parlement qui ne voulait point aller à Blois , et qui était fort las d'être à Pontoise, promit d'enregistrer à condition qu'on ne s'adresserait plus au grand conseil. (4 décembre l'j'io) Il enregistra donc la bulle qu'il avait déjà enregistrée sous Louis XIY; « conformément aux règles de l'église, et aux « maximes du royaume sur les appels au futur « concile. »

Cet enregistrement, tout équivoque qu'il était, satisfit la cour. Le cardinal de Noailles se rétracta solennellement, Piome fut contente, le parlement

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revint à Paris : Dubois fut bientôt après cardinal et premier ministre ; et pendant son ministère tout fut ridicule et tranquille.

L'excès de ce ridicule fut porté au point que rassemblée du clergé de 1721 donna publiquement à un savetier ' une pension pour avoir crié dans son quartier en faveur de ia bulle Unigenitus.

Il y a seulement à remarquer que lorsque Dubois fut cardinal et premier ministre en 1722, le duc d'Orléans lui fit prendre la première place après les princes du sang au conseil du roi. Les cardinaux de Richelieu et de Mazarin avaient osé précéder les princes, mais ces exemples odieux n'étaient plus suivis; et c'était beaucoup que les cardinaux, qui n'ont qu'une dignité étrangère, siégeassent avant les pairs du royaume, les maréchaux de France et le chancelier qui appartiennent à la nation. Le jour que Dubois vint prendre séance, le duc de Noailles, les maréchaux de Villeroi et de Villars sortirent, le chancelier d'Aguesseau s'absenta. On négocia selon la coutume; chaque parti fit des mémoires. Le chancelier et le duc de Noailles tinrent ferme. D'Aguesseau soutint mieux les prérogatives de sa place contre Dubois qu'il n'en avait maintenu la dignité lorsqu'il revint à Paris à la suite de l'Écossais Lav^. Le résultat fut qu'on l'envoya une seconde fois à sa terre

» 11 s'appelait Nntelet.

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de Frêne; et il eut alors si peu de considération qu'il ne fut pas même rappelé sous les ministères suivans, qu'il ne reparut à la cour que sous le cardinal de Fleuri , et ne reprit les sceaux qu'en 1737, dix ans après son rappel.

Pour le duc de Noailles, le cardinal Dubois eut le plaisir de l'exiler pour quelque temps dans la petite ville ou bourg de Brive-la-Gaillarde en Limousin. Dubois était fils d'un apothicaire de Brivela-Gaillarde. Le duc de Noailles ne l'avait épargné ni sur sa patrie ni sur sa naissance, et le cardinal lui rendit ses plaisanteries en le confinant auprès de la boutique de son père.

Après Dubois, qui mourut en philosophe, et qui était après tout un homme d'esprit, le duc d'Orléans, qui lui ressemblait par ces deux côtés, daigna être,- premier ministre lui-même. Il ne persécuta personne pour la bulle ; le parlement n'eut avec lui aucun démêlé.

Le duc de Bourbon - Condé succéda au duc régent dans le ministère; mais l'abbé Fleuri, ancien évêque de Fréjus, depuis cardinal, gouverna des-^ potiquement les affaires ecclésiastiques. Il persécuta sourdement tant que le duc de Bourbon fut ministre; mais dès qu'il fut venu à bout de le renvoyer, il persécuta hautement, quoiqu'il afïeçta^^ de la douceur dans sa conduite.

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