CHAPITRE LXIII
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Du parlement sous le ministère du duc de Bourbon.
Le duc de Bourbon ne fut premier ministre que parce que immédiatement après la mort du duc d'Orléans (2 décembre 1723) il monta par un escalier dérobé chez le roi, à peine majeur, lui apprit la mort de ce prince, lui demanda la place, et obtint un oui que l'évéque de Fréjus, Fleuri, n'osa pas faire changer en refus. L'état fut alors gouverné par la marquise de Prie, fille d'un entrepreneur des vivres nommé Pléneuf, et par un des frères Paris, autrefois entrepreneur des vivres, qui s'appelait Paris Duvernei. La marquise de Prie était une jeune femme de vingt-quatre ans, aimée du duc de Bourbon. Paris Duvernei avait de grandes connaissances en finance ; il était devenu secrétaire du prince ministre. Ce fut lui qui imagina de marier le jeune roi à la fille de Stanislas Leczinski, retiré à Veissembourg après avoir perdu le royaume de Pologne que Charles XII lui avait donné. Les finances n'étaient pas rétablies , il fallut des impôts. Duvernei proposa le cinquantième en nature sur tous les fonds nobles, roturiers et ecclésiastiques, une taxe pour le joyeux avènement du roi , une autre appelée la ceinture de la reine ^
le renouvellement d'une érection d'office sur les marchandises qui arrivent à Paris par eau, et quelques autres édits qui déplurent tous à la nation, déjà irritée de se voir entre les mains d'un homme si nouveau, et d'une jeune femme dont la conduite n'était pas approuvée.
(8 juin 1725) Le parlement refusa d'enregistrer : il fallut mener le roi tenir un de ces lits de justice où l'on enregistre tout par ordre du souverain. Le chancelier d'Aguesseau était éloigné; ce fut le garde des sceaux d'Armenonville * qui exécuta les volontés de la cour. On conservait par cet édit la liberté des remontrances au parlement; mais on ordonnait que les membres de ce corps n'auraient jamais voix délibérative en fait de remontrances qu'après dix années d'exercice, qui furent réduites à cinq.
Ce nouveau ministère effaroucha également le clergé, la noblesse et le peuple. Presque toute la cour se réunit contre lui; l'évéque de Fréjus en profita. Il n'eut pas de peine à faire exiler le duc de Bourbon, son secrétaire et sa maîtresse; et il devint le maître du royaume aussi aisément que s'il eût donné une abbaye. Fleuri n'eut pas à la vérité le titre de premier ministre; mais, sans aucun titre que celui de conseiller au conseil du roi,
» * Jos. J. B. d'Armenonville, mort le 27 novembre 1728, après avoir remis les sceaux le i5 auguste 1727. (Clog.)