CHAPITRE LXV
Du parlement, des convulsions, des folies de Paris jusqu'à
Le parlement fut donc tranquille pendant cette guerre heureuse. A peine le public s'aperçut- il que Ton condamna des thèses soutenues en Sorbonne en faveur des prétentions ultramontaines, qu'on fit brûler une lettre de Louis XIV à Louis XV, et d'autres satires méprisables, aussi bien que quelques lettres d'évêques constitutionnaires. L'af-
faire la plus mémorable, et qui méritait le moins de l'être, fut celle d'un conseiller du parlement, nommé Carré de Moîitgeron , fils d'un homme d'affaires. Il était très ignorant et très faible , débauché, et sans esprit. Les jansénistes lui tournèrent la tête : il devint convulsionnaire outré. Il crut avoir vu des miracles, et même en avoir fait. Les gens du parti le chargèrent d'un gros recueil de miracles, qu'il disait attestés par quatre mille personnes. Ce recueil était accompagné d'une lettre au roi, que Carré eut l'imbécillité de signer et la folie de porter lui-même à Versailles. Ce pauvre homme disait au roi dans sa lettre, «qu'il avait été fort « débauché dans sa jeunesse, qu'il avait même a poussé le libertinage jusqu'à être déiste, )> comme si la connaissance et l'adoration d'un Dieu pouvaient être le fruit de la débauche ; mais c'est ainsi que le fanatisme imbécille raisonne. ( 29 juillet 1737) Le conseiller Carré alla à Versailles avec son recueil et sa lettre; il attendit le roi à son passage, se mit à genoux , présenta ses miracles : le roi les reçut, les donna au cardinal Fleuri; et, dès qu'on eut vu de quoi il était question, on expédia une lettre de cachet pour mettre à la Bastille le conseiller. On l'arrêta le lendemain dans sa maison à Paris; il baisa la lettre de cachet en vrai martyr : le parlement s'assembla. Il n'avait rien dit quand on avait donné une lettre de cachet au duc