‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 191 sur 217 · CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLV

de Bourbon, prince du sang et pair du royaunae, et il fit une députalion en faveur de Carré. Cette démarche ne servit qu'à faire transférer le prisonnier près d'Avignon, et ensuite au château de Valence, où il est mort fou. Un tel homme en Angleterre en aurait été quitte pour être sifflé de la nation; il n'aurait pas été mis en prison , parce que ce n'est point un crime d'avoiivvu des miracles; et que, dans ce pays gouverné par les lois, on ne punit point le ridicule. Les convulsionnaires dé Paris mirent Carré au rang des plus grands confesseurs de la foi.

( 1738) Au mois de janvier, le parlement s'opposa à la canonisation de Vincent de Paul ' , prêtre gascon, célèbre en son temps. La bulle de canonisation envoyée par Benoît XIII parut contenir des maximes dont les lois de la France ne s'accommodent pas. Elle fut rejetée; mais le cardinal Fleuri, qui protégeait les frères de Saint- Lazare, institués par Vincent, et qui les opposait s*ecrètement aux jésuites, fit casser par le conseil l'arrêt du parlement, et Vincent fut reconnu pour saint malgré les remontrances : aucune de ces petites querelles ne troubla le repos de la France.

Après la mort du cardinal Fleuri et les mauvais

^* Béatifié, en 1729, par Benoît XIII; canonisé, le 16 juin ijSj, par Clément XII. L'abbé Maxu-i a fait un panégyrique de saint Vincent de Paul; et ce panégyrique n'est pas menteur. (Glog.)

succès de la guerre de i^j/^i ,\e parlement reprit un nouvel ascendant. Les impôts révoltaient les esprits, et les fautes qu'on reprochait aux ministres encourageaient les murmures. La maladie épidémique des querelles de religion, trouvant les cœurs aigris , augmenta la fermentation générale. Le cardinal Fleuri, avant sa mort, s'était donné pour successeur dans les affaires ecclésiastiques un théatin nommé Bojer, qu'il avait fait précepteur du dauphin. Cet homme avait porté dans son ministère obscur toute la pédanterie de son état de moine; il avait rempli les premières places de l'église de France d'évéques qui regardaient la trop fameuse bulle Unigenitus comme un article de foi et comme une loi de l'état. Beaumont, qui lui devait l'archevêché de Paris, se laissa persuader qu'il extirperait le jansénisme. Il engageait les curés de son diocèse à refuser la communion qu'on appelle le Viatique^ et qui signifie pronsion de vojage , aux mourans qui avaient appelé de la bulle et qui s'étaient confessés à des prêtres appelans; et conséquemment à ce refus de communion on devait priver les jansénistes reconnus de la sépulture. Il y a eu des nations chez lesquelles ce refus de la sépulture était un crime digne du dernier supplice; et, dans les lois de tous les peuples, le refus des derniers devoirs aux morts est une inhumanité impunissable.

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