CHAPITRE LXV. 37 I
semblait assurer son droit. Le parlement eut recours aux remontrances ordinaires, et ne voulut point enregistrer la déclaration du roi.
On était déjà irrité contre ce corps, qui avait fait beaucoup de difficulté pour le vingtième et pour des rentes sur les postes. (20 novembre 1751 ) Le roi lui fit défense de se mêler dorénavant des affaires de l'hôpital, et les évoqua toutes à son conseil. Le lendemain, le premier président de Maupeou, deux autres présidens, l'avocat et le procureur-général, furent mandés à Versailles, et on leur ordonna d'apporter les registres, afin que tout ce qui avait été arrêté sur cette affaire fût supprimé. On ne trouva point de registre. Jamais plus petite affaire ne causa une plus grande émotion dans les esprits. Le parlement cessa ses fonctions, les avocats fermèrent leurs cabinets; le cours de la justice fut interrompu pour deux femmes d'un hôpital ; mais ce qu'il y avait d'horrible, c'est que, pendant ces querelles indécentes et absurdes, on laissait mourir les pauvres, faute de secours. Les administrateurs mercenaires de l'Hôtel- Dieu s'enrichissaient par la mort des misérables. Plus de charité quand l'esprit de parti domine. Les pauvres moururent en foule ; on n'y pensait pas; et les vivans se déchiraient pour des inepties.
(28 novembre) Le roi fit porter à chaque mem-
bre du parlement des lettres de jussion par ses mousquetaires. Les magistrats obéirent en effet : ils reprirent leurs séances; mais les avocats n'ayant point reçu de lettres de cachet ne parurent point au barreau. Leur fonction est libre. Ils n'ont point acheté leurs places. Ils ont le droit de plaider et le droit d€ ne plaider pas. Aucun d'eux ne parut. Leur intelligence avec le parlement irrita la cour de plus en plus. Enfin les avocats plaidèrent, les procès furent jugés comme à l'ordinaire, et tout fut oublié.
Le frère Boitin, curé de Saint-Étienne-du-Mont, renouvela les querelles et les plaisanteries de Paris; il refusa la communion et l'extréme-onction à un vieux prêtre, nommé Y abbé Le Maire , qui avait soutenu le parti janséniste du temps de la bulle Unigenitus , et qui l'avait très mal soutenu. Voilà frère Boitin décrété encore d'ajournement personnel. Voilà les chambres assemblées pour faire donner l'extréme-onction à l'abbé Le Maire, et invitation faite par un secrétaire de la cour à l'archevêque pour venir prendre sa place au parlement. L'archevêque répond qu'il %. trop d'affaires spirituelles pour aller juger, et que ce n'est que par son ordre qu'on a refusé de donHcr la communion et les huiles au prêtre Le Maire. Les chambres restèrent assemblées jusqu'à minuit. Il fl n'y avait jamais eu d'exemple d'une telle séance. ij
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Frère Boitin fut encore condaniné à l'aumône, et le parlement ordonna à l'archevêque de ne plus commettre de scandale. Le procureur-général, le dimanche des Rameaux, va par ordre du parlement exhorter l'archevêque à donner les huiles à l'abhé Le Maire qui se mourait; le prélat le laissa mourir, et courut à Versailles se plaindre au roi que le parlement mettait la main à l'encensoir. Le premier président de Maupeou court de son côté à Versailles; il avertit le roi que le schisme se déclare en France, que l'archevêque trouble l'état, que les esprits sont dans la plus grande fermentation ; il conjure le roi de faire cesser les troubles. Le roi lui remet entre les mains un paquet cacheté , pour l'ouvrir dans les chambres assemblées. Les chambres s'assemblent, on lit l'écrit signé du roi qui ordonne que les procédures contre Boitin seront annulées. Le parlement, à cette lecture, décrète Boitin de prise de corps, et l'envoie saisir par des huissiers. Le curé s'échappe. Le roi casse le décret de prise de corps. Le premier président de Maupeou, avec plusieurs députés, porte au roi les remontrances les plus amples et les plus éloquentes qu'on eût encore faites sur le danger du schisme, sur les abus de la religion, sur l'esprit d'incrédulité et d'indépendance que toutes ces malheureuses querelles répandaient sur la nation entière. On lui répondit des choses vagues selon l'usage.
(18 avril 1752) Le lendemain le parlement se rassemble : il rend un arrêt célèbre par lequel il déclare qu'il ne cessera point de réprimer le scandale; que la constitution de la bulle Unigenitus n'est point un article de foi, et qu'on ne doit point soustraire les accusés aux poursuites de la justice. On acheta dans Paris plus de dix mille exemplaires de cet arrêt, et tout le monde disait : Foilà mon billet de confession.
Comme le théatin Boyer avait fait donner le siège de Paris à un prélat constitutionnaire, ce prélat avait aussi donné les cures à des prêtres du même parti. Il ne restait plus que sept à huit curés attachés à l'ancien système de l'église gallicane.
L'archevêque ameute les constitutionnaires , signe et envoie au roi une requête en faveur des billets de confession contre les arrêts du parlement : aussitôt les chambres assemblées décrètent le curé de Saint-Jean-en-Grève , qui a minuté la requête; le conseil casse le décret et maintient le curé. Le parlement cesse encore ses fonctions et ne rend plus la justice que contre les curés. On met en prison des porte-dieu, comme si ces pauvres porte-dieu étaient les maîtres d'aller porter dieu sans le concours du curé de la paroisse.
De tous côtés on portait des plaintes au parlement de refus de sacremens. Un curé du diocèse