CHAPITRE LXV
de Langres, en communiant publiquement deux: filles accusées de jansénisme, leur avait dit: «Je « vous donne la communion comme Jésus Ta douce née à Judas. » Ces filles, qui ne ressemblaient en rien à Judas, présentèrent requête; et celui qui s'était comparé à Jésus-Christ fut condamné à l'amende honorable et à payer aux deux filles trois mille francs, moyennant lesquels elles furent mariées. On brûla plusieurs mandemens d'évéques, plusieurs écrits qui annonçaient le schisme. Le peuple les appelait les feux de joie, et battait des mains. Les autres parlemens du royaume en fesaient autant dans leur ressort. Quelquefois la cour cassait tous ces arrêts, quelquefois, par lassitude, elle les laissait subsister. On était inondé des écrits des deux partis. Les esprits s'échauffaient. Enfin, l'archevêque de Paris, ayant défendu aux prêtres de Saint-Médard d'administrer une sœur Perpétue du couvent de Sainte- Agathe, le parlement lui ordonna de la faire communier, sous peine de la saisie de son temporel.
Le roi, qui s'était réservé la connaissance de toutes ces affaires, blâma son parlement, et donna main-levée à l'archevêque de la saisie de ses rentes. Le parlement voulut convoquer les pairs, le roi le défendit; les chambres assemblées insistèrent, et prétendirent que l'affaire de sœur Perpétue était de l'essence de la pairie. «Ces défenses, dit
(( l'arrêté, intéressent tellement l'essence de la « cour et des pairs, et les droits des princes, qu'il « n'est pas possible au parlement d'en délibérer « sans eux. » Un arrêt du conseil du roi ayant été signifié au greffier du parlement sur cette affaire , le 24 janvier 1753, contre les formes ordinaires, le parlement en demanda satisfaction au roi même « par la suppression de l'original et de la copie de c( la signification. »
Ce corps continuait toujours à poursuivre avec la même vivacité les curés qui prêchaient, le schisme et la sédition. Il y avait un fanatique nommé Boutord, curé du Plessis-Rosainvilliers *, chez qui les jésuites avaient fait une mission ; quelques magistrats qui avaient des maisons de campagne dans cette paroisse n'étaient contens ni des jésuites ni du curé. Il leur cria d'une voix furieuse de sortir de l'église, les appela jansénistes, calvinistes et athées , et leur dit « qu'il serait le pre- « mier à tremper ses mains dans le sang. » Le parlement ne le condamna pourtant qu'au bannissement perpétuel.
L'archevêque ne prit point le parti de ce fanatique. Mais , sur les refus de sacremens , les arrêts dt^^parlement étaient toujours cassés. Comme il voulait forcer l'archevêque de la métropole à donner la communion, les suffragans n'étaient pas
* Diocèse d'Amiens,