CHAPITRE LXVT
vingt et un maîtres des requêtes, qui tinrent leurs séances aux Grands -Augustins, comme s'ils n'osaient pas siéger dans le palais. Les usages ont une telle force chez les hommes, que le roi, en disant qu'il érigeait cette chambre de sa certaine science et de sa pleine puissance, n'osa se servir de sa puissance pour en faire enregistrer l'érection dans son conseil d'état, quoique ce conseil ait des registres aussi bien que les autres cours. On s'adressa au Châtelet, qui n'est qu'une justice subalterne. Le Châtelet se signala en n'enregistrant point; et, parmi les raisons de son refus, il allégua que ClotaireT"" et Clotaire II avaient défendu qu'on dérogeât aux anciennes ordonnances des Francs. La cour se contenta de casser la sentence du Châtelet; et, en conséquence de ses ordres, une députation de la chambre se transporta au Châtelet, fit rayer la sentence sur les registres , enregistra elle-même; et, cette procédure inutile étant faite, le Châtelet fit une protestation plus inutile. On changea le nom de cette chambre , qui ne s'était appelée jusque là que chambre des vacations : elle reçut le titre de chambre royale; elle siégea au Louvre au lieu de siéger aux Augustins, et n'en fut pas mieux accueillie du public. On envoya des lettres de cachet à tous les membres du Châtelet pour enregistrer, sous le nom de royale, ce qu'on n'avait pas voulu enregistrer sous le nom de vacations.
Tous ces petits subterfuges compromettaient la dignité de la couronne. Le lieutenant civil enregistra du très exprès commandement du roi.
On ne délibéra point. Tout Paris s'obstina à tourner la chambre royale en ridicule; elle s'y accoutuma si bien , qu'elle-même s'assembla quelquefois en riant, et qu'elle plaisantait de ses arrêts.
Il arriva cependant une affaire sérieuse. Je ne sais quel fripon , nommé Sandrin , ayant été condamné à être pendu par le Châtelet, en appela à la chambre royale qui confirma la sentence. Le Châtelet prétendit qu'on ne devait en appeler qu'au parlement, et refusa de pendre le coupable. Le rapporteur de cette cause criminelle, nommé Milon , fut mis à la Bastille pour n'avoir point fait pendre Sandrin. Le Châtelet alors cessa ses fonctions comme le parlement; il n'y eut plus aucune justice dans Paris. Aussitôt lettres de cachet au Châtelet pour rendre la justice; enlèvement de trois conseillers des plus ardens. La moitié de Paris riait, et l'autre moitié murmurait. Les convulsionnaires protestaient que ces démêlés finiraient tragiquement; et ce qu'on appelle à Paris la bonne compagnie assurait que tout cela ne serait jamais qu'une mauvaise farce.
Les autres parlemens imitaient celui de Paris; et partout où il y avait des refus de sacremens , il y avait des arrêts , et ces arrêts étaient cassés ; le