CHAPITRE LXVJI. Sc
haïssait, et qui ne méritait point cette haine. Cette dame avait été créée marquise de Pompadour par des lettres-patentes dès l'année \']l\S. Elle passait pour gouverner le royaume quoiqu'il s'en fallût beaucoup qu'elle fut absolue. La famille royale ne l'aimait pas, et cette aversion augmentait la haine du public en l'autorisant. Le petit peuple lui imputait tout. Les querelles du parlement portèrent au plus haut degré cette aversion publique. Les querelles de la religion achevaient d'ulcérer tous les cœurs. Les convulsionnaires surtout étaient des énergu mènes atroces qui disaient hautement depuis une année entière qu'il fallait du sang, que Dieu demandait du sang.
Un nommé Gautier, intendant du marquis de Ferrières , frère d'un conseiller ^ au parlement , l'un des plus ardens convulsionnaires, avait tenu quelques propos indiscrets. Il passait pour haïr le gouvernement, qui l'avait fait mettre à la Bastille, en 1740, parce qu'il avait distribué des Nouvellesa-la-main ^. Depuis ce temps il exhalait quelquefois ses mécontentemens. Ces propos, quoique va-
ï * Le Maître de Ferrières , mort conseiller de la quatrième des enquêtes , vers 1746. (Clog.)
* * Ces espèces de gazetins se distribuaient en manuscrit et furtivement. L'amélioration des mœurs , et plus de liberté accordée à la presse , ont fini par enlever cette ressource aux gens de lettres qui spéculaient sur le scandale. Les Nouvelles-à-la-main , distribuées par ce Gautier, en 1740, furent composées par l'abbé Prévost.
(Clog.)
Sg^ HISTOIRE DU PARLEMENT DE PARIS.
gueSj firent une grande impression sur un malheureux de la lie du peuple, qui était réellement atteint de folie. Il se nommait Robert -François Damiens; c'était le fils d'un fermier qui avait fait banqueroute. Ce misérable ne méritait pas les recherches que l'on fit pour s'instruire qu'il était né dans un hameau nommé La Tieuloi^ dépendant de la paroisse de Monchi-le-Breton , en Artois , le 9 janvier 17x0. Il était alors âgé de quarante-deux ans : il avait été laquais, apprenti serrurier, soldat, garçon de cuisine, et valet de réfectoire au collège des jésuites, à Paris, pendant quinze mois : ayant été chassé de ce collège, il y était rentré une seconde fois; enfin il s'était marié, et il avait des enfans. Etant sorti pour la seconde fois des jésuites, où il avait demeuré en tout trente mois, il servit successivement à Paris plusieurs maîtres. Etant alors sans condition , il allait souvent dans la grand'salle du palais , dans le temps de la plus grande effervescence des querelles de la magistrature et du clergé.
La grand'salle était alors le rendez-vous de tout ce qu'on ap^elsiit Jansénistes ; leurs clameurs n'avaient point de bornes : l'emportement avec lequel on parlait alluma l'imagination de Damiens , déjà trop échauffée : il conçut seul, et sans s'ouvrir à personne, le dessein qu'il avoua depuis dans ses interrogatoires et à la torture, dessein le plus fou