‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 205 sur 217 · CHAPITRE LXVII. 3c)J · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVII. 3c)J

qui soit jamais tombé dans la tête d'aucun homme. Il avait remarqué qu'au collège des jésuites quelques écoliers s'étaient défendus à coups de canif, lorsqu'ils croyaient être punis injustement. Il imagina de donner un coup de canif au roi , non pas pour le tuer, car un tel instrument n'en était pas capable, mais pour lui servir de leçon , et pour lui faire craindre que quelque citoyen ne se servît contre lui d'une arme plus meurtrière.

( 1757) Le 5 janvier, à sept heures du soir, le roi étant près de monter en carrosse pour aller de Versailles à Trianon, avec son fils le dauphin, entouré de ses grands officiers et de ses gardes, fut frappé au milieu d'eux d'un coup qui pénétra de quatre lignes dans les chairs, au dessous de la cinquième côte; il porta la main à sa blessure, et la retira teinte de quelques gouttes de sang.

Il vit, en se retournant, ce malheureux qui avait son chapeau sur la tète, et qui était précisément derrière lui. Il s'était avancé, à travers des gardes, couvert dune redingotte, à la faveur de l'obscurité, et les gardes l'avaient pris pour un homme de la suite du roi. On le saisit, on lui trouva trente-sept louis en or dans ses poches, avec un livre de prières. «Qu'on prenne garde, c( dit-il, à monsieur le dauphin; qu'il ne sorte « point de la journée. •>) Ces paroles , qu'il ne proférait dans son extravagance que pour intimider la

cour, y jetèrent en effet les plus grandes alarmes. Le roi se fit mettre au lit , ne sachant pas encore combien sa blessure était légère. Son pouls était un peu élevé, mais il n'avait point du tout de fièvre. Il demanda d'abord un confesseur, on n'en trouva point; et enfin un prêtre du grand commun vint le confesser.

On mit d'abord le coupable entre les mains de la justice du grand-prevôt de l'hôtel, selon les lois du royaume. Nous avons vu que c'est ainsi qu'on en avait usé lorsqu'on fit le procès au cadavre de Jacques-Clément.

Dès que les gardes du roi eurent saisi Damiens, ils le menèrent dans une chambre basse, qu'on appelle le salo/i des gardes. Le duc d'Aïen , capitaine des gardes , le chancelier Lamoignon , le garde des sceaux Machault, Rouillé, fils d'un employé dans les postes, devenu secrétaire d'état des affaires étrangères, étaient accourus. Les gardes l'avaient déjà dépouillé tout nu, et s'étaient saisis d'un couteau à deux lames qu on avait trouvé sur lui. L'une de ces lames était un canif long de quatre pouces avec lequel il avait frappé le roi à travers un manteau fort épais et tous ses habits, de façon que la blessure heureusement n'était guère plus considérable qu'un coup d'épingle.

Avant que le heutenant du grand-prevôt, nommé Le Clerc du Brillet, qui juge souveraine-

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