CHAPITRE LXVIl
ment au nom du grand-prevôt, fût arrivé, quelques gardes du corps, dans les premiers mouvcmens de leur colère, et dans l'incertitude du danger de la vie de leur maître , avaient tenaillé ce misérable avec des pincettes rougies au feu , et le garde des sceaux, Machault, leur avait même prêté la main K
A son premier interrogatoire par devant le lieutenant Brillet, il dit qu'il avait attenté sur le roi à cause de la religion.
Après un second interrogatoire, Belot, exempt des gardes de la prévôté, étant dans sa maison, Damiens dit à Belot qu'il connaissait beaucoup de conseillers au parlement. Belot écrivit les noms de quelques uns que Damiens dicta. Ces noms étaient Chagrange ^, Baisse de Lisse , de la Guiomye, Clément, Lambert, le président de Rieux- Bonnainvilliers (il voulait dire Boulainvilliers); ce président était fils du célèbre Samuel Bernard , le plus riche banquier du royaume. Il prenait le nom de Boulainvilliers, parce qu'il avait épousé une fille de cet illustre nom. C'était alors un usage
» * Ce fut Machault lui-même qui fit rougir les pinces, et qui tint Damiens au collet, pendant que deux gardes du corps, exécuteurs de ses ordres , tenaillèrent le patient. Voyez les notes du chap. xxvii du Siècle de Louis XV. (Clog.)
^ * Voici ces noms : Roland de Challerange , Bèze de Lys , de La Guillaumie, Clément de Feillet, Lambert, présidés par Frémont du Mazi et Bernard de Boulainvilliers , dans la deuxième cîiambi e des enquêtes. (Clog.)
assez commun dans la plus haute noblesse de marier ses filles aux fils de gens d'affaires , que leurs richesses rendaient bien supérieurs dans la société à la noblesse pauvre et méprisée.
Damiens écrivit aussi le nom de du Mazi, premier président de la même chambre; il ajouta, et presque tous. Au bas de cette liste, il écrivit : « Il « faut qu'il remette son parlement et qu'il le soucc tienne, avec promesse de ne rien faire aux cice dessus et compagnie, » et signa son nom.
Il dicta à l'exempt Belot une lettre assez longue au roi , dans laquelle il y avait ces mots essentiels : « Si vous ne prenez pas le parti de votre peuple, « avant qu'il soit quelques années d'ici , vous et « monsieur le dauphin et quelques autres péri- « ront. Il serait fâcheux qu'un aussi bon prince , (( par la trop grande bonté qu'il a pour les ecclé- « siastiques, dont il accorde toute sa confiance, « ne soit pas sûr de sa vie; et, si vous n'avez pas « la bonté pour votre peuple d'ordonner qu'on « leur donne les sacremens à l'article de la mort... « votre vie n'est pas en sûreté... L'archevêque de « Paris est la cause de tout le trouble , etc. »
Cette lettre ^, signée du criminel, ayant été
* * Elle se trouve à la page 69 des Pièces originales et procédures du procès fait à R. F. Damiens, in-4°, i']^']- Voltaire, comme je l'ai dit dans ime note du Siècle de Louis XV, n'a pas fait connaître le postscriptum de cette lettre, où Damiens se plaint de la cruauté du garde dus sceaux ^lachault. (Cloc;.)