CHAPITRE VI. 4 I
« compenser le duc de Bourgogne , à l'exemple « des rémunérations que Dieu donna à monsei- « gneur saint Michel archange pour avoir tué le « diable , et à Phinéès pour avoir tué Zambri. »
Le même Petit répéta cette harangue le lendemain dans le parvis de Notre-Dame en présence de tout le peuple. Il fut extrêmement applaudi. Le roi, qui, dans son état funeste, n'était pas plus maître de la France que de lui-même, fut forcé de donner des lettres patentes par lesquelles il déclara « qu'il ôtait de son courage toute déplaire sance de la mort de son frère, et que son cousin « le duc de Bourgogne demeurerait en son singu- « lier amour : » c'est ainsi que ces paroles , prononcées dans le jargon de ce temps-là , furent traduites ensuite.
La ville de Paris, depuis ce jour, resta en proie aux factions, aux conspirations, aux meurtres et à l'impunité de tous les crimes.
(1419) Les amis du jeune dauphin Charles, âgé alors de seize ans et demi , trahi par sa mère , abandonné par son père, et persécuté par ce même Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, vengèrent ce prince et la mort du duc d'Orléans son oncle, sur le duc de Bourgogne son assassin. Ils l'attirèrent à une conférence sur le pont de Montereau , et le tuèrent aux yeux du dauphin même. Il n'a jamais été avéré que le dauphin eût été in-
formé du complot , encore moins qu'il l'eut commandé. Le reste de sa vie prouve assez qu'il n'était pas sanguinaire. Il souffrit depuis qu'on assassinât ses favoris , mais il n'ordonna jamais de meurtre. On ne peut guère lui reprocher que de la faiblesse , et si Tannegui du Châtel et ses autres favoris avaient abusé de son jeune âge pour lui faire approuver cet assassinat , cet âge même pouvait servir à l'excuser d'avoir permis un crime. Il était certainement moins coupable que le duc de Bourgogne. On pouvait dire encore qu'il n'avait permis que la punition d'un traître qui venait de signer avec le roi d'Angleterre un traité secret, par lequel il reconnaissait le droit de Henri V à la couronne, et jurait « de faire une guerre mor- « telle à Charles YI, qui se dit roi de France, et à « son fils. » Ainsi, de tous les attentats commis en ce temps-là , le meurtre du duc de Bourgogne était le plus pardonnable.
Dès qu'on sut à Paris cet assassinat, presque tous les bourgeois et tous les corps, qui n'étaient pas du parti du dauphin, s'assemblèrent le jour même; ils prirent l'écharpe rouge, qui était la couleur de Bourgogne. Le comte de Saint-Paul , de la maison de Luxembourg, fit prêter serment dans l'Hôtel-de-Ville aux principaux bourgeois de punir Charles, soi-disant dauphin. Le comte de Saint-Paul, le chancelier de Laitre, et plusieurs