‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 213 sur 217 · CHAPITRE LXVIII. 4ll · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVIII. 4ll

6 auguste; mais le même jour', les chambres assemblées firent brûler par le bourreau vingtquatre gros volumes des théologiens jésuites. Le parlement remit au roi l'exemplaire des constitutions de cet ordre; mais il ordonna en même temps que les jésuites en apporteraient un autre dans trois jours, et leur défendit de recevoir des novices et de faire des leçons publiques, à commencer au premier octobre 1761. Ils n'obéirent point; il fallut que le roi lui-même leur ordonnât de fermer leurs classes, le premier avril 1762; et alors ils obéirent.

Pendant tout le temps que dura cette tempête qu'eux-mêmes avaient excitée , non seulement plusieurs ecclésiastiques , mais encore quelques membres du parlement les rendaient odieux à la nation par des écrits publics. L'abbé Chauvelin

* * Cet arrêt du 6 auguste fut exécuté le 7 ; et parmi le grand nombre d'ouvrages brûlés et lacérés, ce jour-là, sur le rapport de l'abbé Terrai, comme « séditieux, destructifs de tout principe de "■ la morale chrétienne, enseignant une doctrine meurtrièie et abo- « minable,. non seulement contre la sûreté de la vie des citoyens, r mais même contre celle des personnes sacrées des souverains , » on peut distinguer, ceux des jésuites dont les noms suivent : Emmanuel Sa , Martin- Antoine del Rio , Jean-Alphonse Salmeron , Jean Mariana, François Suarès, Léonard Lessius, Martin Bécan, Antoine Escobar, Human Busembaum , Claude Lacroix , Joseph Jouvanci, et Dominique de Colonia.

« Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nomme.

Cinna , act. v, se. 1.

(Clog.)

4 ri HISTOIRE DU PARLEMETfT DE PARIS.

fut celui qui se distingua le plus, et qui hâta leur destruction.

Les jésuites répondirent; mais leurs livres ne firent pas plus d'effet que les satires imprimées contre eux du temps qu'ils étaient puissans. Tous les parlemens du royaume, l'un après l'autre, déclarèrent leur institut incompatible avec les lois du royaume. Le 6 auguste j 762, le parlement de Paris leur ordonna « de renoncer pour toujours « au nom, à l'habit, aux vœux, au régime de leur c( société; d'évacuer les noviciats, les collèges, les « maisons professes, dans huitaine; » leur défendit « de se trouver deux ensemble , et de travailler « en aucun temps et de quelque manière que ce ce fût à leur rétablissement, sous peine d'être dé- « clarés criminels de lèse-majesté. »

Le 22 février 1764, autre arrêt qui ordonnait que dans huitaine les jésuites qui voudraient rester en France feraient serment d'abjurer l'institut.

Le 9 mars suivant, arrêt qui bannit du royaume tous ceux qui n'auront pas fait le serment K Enfin

* Le père Griffet, connu par des sermons médiocres, et par des ouvrages historiques plus médiocres encore , était regardé comme un grand homme par le parti des jésuites. Il n'y avait dans ce parti aucun homme d'un mérite réel , et Griffet avait du moins celui d'avoir défendu la cause de son ordre contre les parlemens avec plus de zèle et de courage que de raison ou d'éloquence. 11 demanda au parlement la permission de rester en France, parce qu'il était obligé de subir l'opération de la taille. Il n'y a qu'un corps qui j)uisse avoir le courage d'ajouter quelque chose au malheur d'un

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le roi, par un édit du mois de novembre 1764, cédant à tous les parlemens et aux cris de toute la nation, dissout toute la société sans retour.

Ce grand exemple , imité depuis et surpassé encore en Espagne , dans les Deux-Siciles , à Parme et à Malte , a fait voir que ce qu'on croit difficile est souvent très aisé; et on a été convaincu qu'il serait aussi facile de détruire toutes les usurpations des papes que d'anéantir des religieux qui passaient pour ses premiers satellites ^. Enfin le cordelier Ganganelli , devenu pape , détruisit l'ordre entier par une bulle (21 juillet 1773); et, après avoir soutenu pendant deux cents ans que le pape pouvait tout, les jésuites furent obligés de soutenir peu à peu qu'il ne peut même licencier un régiment de moines.

homme condamné à une opération cruelle et dangereuse. On ordonna, par arrêt, que Griffet serait sondé par les chirurgiens du parlement. C'était le comble de la barbarie d'exiger qu'un malade se soumît à essuyer une opération doulovireuse , et où la maladresse d'un chirurgien peut ca^se^ la mort, par la main d'un homme à qui il n'avait point donné sa confiance. Griffet aima mieux partir; et telle était alors la haine contre les jésuites, que le parlement crut n'avoir fait que suivre les formes.

* C'est ici que finissait la première édition.

4l4 HISTOIRE DU PARLEMENT DE PARIS.

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