‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 24 sur 217 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« grâce 14^0, et de notre règne le l\\^. Par le roi « en son conseil; et plus bas, Millet. »

H est évident que ce fut en vertu de cet arrêt, prononcé au nom du roi, que la chambre du parlement de Paris donna sa sentence quelques jours après, et condamna le dauphin au bannissement.

Jean Juvenal ^ des Ursins , avocat ou procureur du roi, qui fut depuis archevêque de Reims, a laissé des mémoires sur ce temps funeste ; et voici ce qu'on trouve dans les annotations sur ces mémoires.

« Du parlement commençant le 12 novem- ^ « bre 1420, le 3 janvier fut ajourné à trois briefs v) « jours^ en cas de bannissement, à son de trompe , - ^ qLI ^ « sur la table de marbre, Messire Charles de Va- \ j.^c^P^'^ Kl lois, dauphin de Viennois et seul fils du roi, lu q.^'^ « la requête du procureur général du roi, pour î « raison de l'homicide faite en la personne de Jean, « duc de Bourgogne, et après toutes sollennités « faites en tel cas, fut par arrêt convaincu des cas ce à lui imposés, et comme tel banni et exilé à ja-

» * Jean Juvenel, Jouvenel, on Juvenal des Ursins, nommé archevêque de Reims en i449> mort en i473; frère de Guillaume des Ursins, mort en juin 1472, et qui est cité plus bas dans le chap. VII. (Clog.)

* Il est clair que le président Hénault se trompe en niant ce fait dans son Abrégé chronologique. Il n'avait pas vu cet arrêt. Consultez V Histoire de France de l'abbé Velli.

« mais du royaume, et conséquemment déclaré « indigne de succéder à toutes seigneuries venues (c et à venir; duquel arrêt ledit Valois appela, tant « pour soi que pour ses adhérens, à la pointe de « son épée, et fit vœu de relever et de poursuivre « sadite appellation, tant en France qu'en Angle- (f terre, et par tous pays du duc de Bourgogne.»

Ainsi le malheur des temps fit que le premier arrêt que rendit la chambre de parlement contre un pair, fut contre le premier des pairs, contre l'héritier nécessaire de la couronne, contre le fils unique du roi. Cet arrêt violait, en faveur de l'étranger et de l'ennemi de l'état, toutes les lois du royaume et celle de la nature : il abrogeait la loi salique, auparavant gravée dans tous les coeurs.

Le savant comte de Boulainvilliers , dans son Traité du gouvernement de France, appelle cet arrêt la honte éternelle du parlement de Paris. Mais c'était encore plus la honte des généraux d'armée, qui n'avaient pu se défendre contre le roi Henri V, celle des factions de la cour, et surtout celle d'une mère implacable, qui sacrifiait son fils à sa vengeance.

Le dauphin se retira dans les provinces au delà de la Loire; les pays de la langue de oc prirent son parti avec d'autant plus d'empressement, que les pays de la langue de oui lui étaient absolument contraires. Il y avait alors une grande aversion

Page 1