‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 56 sur 217 · CHAPITRE XIX. gC · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. gC

ci lier le siège de Rome, voulut lui complaire en fesant brûler dans Orléans, en sa présence, plusieurs chanoines accusés d'avoir conservé les anciens dogmes de l'ancienne église des Gaules, qui ne connaissait ni le culte des images , ni la transsubstantiation , ni d'autres institutions. On les appelait manichéens, nom qu'on donnait alors à tous les hérétiques.

Le confesseur de la nouvelle reine Constance était du nombre de ces infortunés. Sa pénitente , dans un mouvement de zèle , lui creva un œil d'un coup de baguette lorsqu'il allait au supplice. Tous ses compagnons et lui se jetèrent dans les flammes en chantant des psaumes, et crurent avoir la couronne du martyre.

Ceux qu'on appda Vaudois et Albigeois vinrent ensuite : tous voulaient rétablir la primitive église : et , comme un de leurs principaux dogmes était la pauvreté, ou du moins la médiocrité évangélique, à laquelle ils voulurent réduire les prélats et les moines, les archevêques de Narbonne et de Lyon en firent brûler quelques uns par leur seule autorité. Les papes ordonnèrent contre eux une croisade comme contre les Turcs et les Sarrasins ; on les extermina par le fer et par les flammes , et cent lieues de pays furent désolées.

Enfin les débauches , les assassinats et les empoisonnemens du pape Alexandre VI, l'ambition

lOO HISTOIRE DU PARLEMENT DE PARIS.

guerrière de Jules II , la vie voluptueuse de LéonX, ses rapines pour fournir à ses plaisirs , et la vente publique des indulgences, soulevèrent une partie de l'Europe. Le mal était extrême, il fallait au moins une réforme : elle fut commencée , mais par une défection entière, en Allemagne, en Suisse et à Genève.

François P'' lui-même, en favorisant les lettres, avait fait naître le crépuscule à la lueur duquel on commençait à voir en France tous les abus de l'église ; mais il était toujours dans la nécessité de ménager le pape ainsi que le Turc, pour se soutenir contre l'empereur Charles-Quint. Cette politique l'engagea, malgré les supplications de sa sœur, la reine de Navarre, déjà calviniste, à faire brûler ceux qui seraient convaincus d'adhérer à la prétendue réforme. Il fit indiquer même, au commencement de i535, par Jean du Bellai, évêque de Paris, une procession générale à laquelle il assista , une torche à la main , comme pour faire amende honorable des profanations des sectaires. L'évêque portait l'eucharistie; le dauphin, les ducs d'Orléans, d'Angoulême et de Vendôme, tenaient les cordons du dais; tous les ordres religieux et tout le clergé précédaient. On voyait les cardinaux, les évêques, les ambassadeurs, les grands officiers de la couronne , immédiatement après le roi. Le parlement , la chambre des comptes, toutes

Page 1