CHAPITRE XIX. lOI
les autres compagnies fermaient la marche. On alla dans cet ordre à l'église de Notre-Dame, après quoi une partie de la procession se sépara pour aller à l'Estrapade voir brûler à petit feu six bourgeois que la chambre de la Tournelle du parlement avait condamnés le matin pour les opinions nouvelles. On les suspendait au bout d'une longue poutre , posée sur une poulie au dessus d'un poteau de vingt pieds de haut, et on les fesait descendre à plusieurs reprises sur un large bûcher enflammé. Le supplice dura deux heures, et lassa jusqu'aux bourreaux et au zèle des spectateurs.
Les deux jésuites Maimbourg et Daniel rapportent, après Mézerai, que François I" fit dresser, pendant cette exécution, un trône dans la salle de l'évéché, et qu'il y déclara, dans un discours pathétique^ « que si ses enfans étaient assez mal- « heureux pour tomber dans les mêmes erreurs, « il les sacrifierait de même. » Daniel ajoute que ce discours attendrit tous les assistans , et leur tira des larmes.
Je ne sais où ces auteurs ont trouvé que François I"* avait prononcé ce discours abominable.
* Voyez Essai sur les mœurs, tome III, page 176. — M. Garnier, continuateur de Velli {Histoire de France, tome XXIV, pages 534 et suiv., édit. in- 12), cite Dubouchct (Jnnales d' Aquitaine) , le continuateur de Nicolas liilles , Belleforest, Sleidan; mais je ne crois pas que ce soit à l'occasion du prétendu propos attribué à François 1^' .
(Note ajoutée par l'auteur.)
La vérité est que dans ce temps-là même il écrivait à Mélanchthon , et qu'il le priait de venir à sa cour. Il sollicitait les luthériens d'Allemagne, et les soudoyait contre l'empereur; il fesait une ligue avec le sultan Soliman , qui fut entièrement conclue deux ans après; il livrait l'Italie aux Turcs; et les musulmans eurent une mosquée à Marseille, après que les chrétiens eurent été brûlés dans Paris et dans les provinces.
Il se passa quelques années après une scène bien plus tragique. Il y avait sur les confins de la Provence et du comtat d'Avignon des restes de ces anciens Vaudois et Albigeois qui avaient conservé une partie des rites de l'église des Gaules, soutenus par Claude, évéque de Turin, au huitième siècle, et perpétués jusqu'à nos jours dans les sociétés protestantes. Ces peuples habitaient vingt-deux bourgs , dans des vallées entourées de montagnes peu fréquentées , qui les rendaient presque inconnus au reste du monde. Ils cultivaient ces déserts depuis plus de deux cents |[ns , et les avaient rendus fertiles. Le véridique président deThou, qui fut un des juges de l'affaire dont nous parlons, rend justice à l'innocence de leur vie laborieuse; il les peint « patiens dans les « plus grands travaux, justes, sojpres, ayant les « procès en horreur, libéraux envers les pauvres, « payant les tributs avec alégresse , n'ayant jamais