CHAPITRE XXI. III
d'avoir prié Dieu dans leur langue naturelle, et d'avoir communié avec du pain levé et du vin, semblaient ne pas mériter un si affreux supplice; mais dès long-temps l'église s'était servie des bûchers pour punir tous ceux qui avaient le malheur de ne pas penser comme elle. On supposait que c'était à la fois imiter et prévenir la justice divine, qui destine tous les ennemis de l'église au feu éternel. Le bûcher était regardé comme un commencement de l'enfer.
Deux chambres du parlement prirent également connaissance du crime d'hérésie, la grand'chambre et latournelle, quoique depuis la grand'chambre se soit bornée aux procès civils, quand elle juge seule. Le roi donnait aussi des commis^ sions particulières pour juger les délinquans. On nommait ces commissions chambres ardentes. Tant de supplices excitèrent enfin la pitié ; et plusieurs membres du parlement, s'étant adonnés aux lettres , pensèrent que l'église devait plutôt réformer ses mœurs et ses lois que verser le sang des hommes ou les faire périr dans les flammes.
Il arriva au mois d'avril i559, dans une assemblée qu'on nomme mercuriale y que les plus savans et les plus modérés du parlement proposèrent d'user de jpaoins de cruauté, et de chercher à réformer l'église. Ce fut l'avis du président Ranconet, d'Arnaud Ferrier, d'Antoine Fumée, de Paul
de Foix, de Nicolas Duval, de Claude Yiole, d'Eustache de la Porte, de Louis du Faur ', et du célèbre Anne du Bourg.
Un de leurs confrères les dénonça au roi. Il violait en cela son serment de conseiller, qui est de tenir les délibérations de la cour secrètes. Il violait encore plus les lois de l'honneur et de l'équité.
Le roi, excité par les Guises, et séduit par cette malheureuse politique qui fait croire que la liberté de penser détruit l'obéissance , vint au parlement sans être attendu ( i5 juin 1569). Il était accompagné de Bertrand, ou Bertrandi, cardinal, garde des sceaux , autrefois premier président du parlement, homme tout dévoué aux maximes ultramontaines. Le connétable de Montmorenci et plusieurs grands officiers de la^ couronne prirent séance.
Le roi , qui savait qu'on délibérait alors sur la même matière, voulut qu'on continuât à parler en liberté : plusieurs tombèrent dans le piège qu'on leur tendait. Le conseiller Claude Viole et Louis du Faur recommandèrent éloquemment la réforme des mœurs et la tolérance des religions.
ï * Louis du Faur, nommé conseiller au parlement en i555. Le jésuite Daniel le traite de factieux; mais de Thou, cet historien si respectable , et presque témoin de ces événemens , donne à du Faur les honorables qualifications de Ludovicus Faber, vir acri et generoso animo prœdilus. (Clog.)