CHAPITRE XXI II
bats, fit des reraontrances. Il allégua que cette ordonnance devait être adressée au parlement du royaume, et non aux gouverneurs des provinces. 11 se plaignit qu'on donnât trop de liberté aux novateurs. La reine mena son fils au parlement, au mois de juillet : jamais il n'y eut une plus grande assemblée. Le prince de Condé y était lui-même. On y fit enregistrer l'édit qu'on nomme àe juillet, édit de concorde et de paix, beaucoup plus détaillé que l'ordonnance dont on se plaignait; édit qui recommandait à tous les sujets la tolérance, qui défendait aux prédicateurs les termes injurieux, sous peine de la vie, qui prohibait les assemblées publiques, et qui, en réservant aux ecclésiastiques seuls la connaissance de l'hérésie, prescrivait aux juges de ne prononcer jamais la peine de mort contre ceux même que l'église livrerait au bras séculier. Cet édit fut suivi du colloque de Poissy, tenu au mois d'auguste i56i. Cette conférence ne pouvait être qu'inutile entre deux partis diamétralement opposés. D'un côté l'on voyait un cardinal de Lorraine, un cardinal de Tournon, des évêques comblés de richesses, un jésuite, nommé Lainez ^ , et des moines , défenseurs opiniâtres de l'autorité du pape; de l'autre étaient de simples
' * * Jacques Lainez, jésuite espagnol, né en i5i2, second général, après saint Ignace, de cette milice ultramontaine, licenciée et rétablie par l'infaillibilité papale. (Clog.)
120 HISTOIRE DU PARLEMETfT DE PARIS.
ministres protestans , tous pauvres , tous voulant qu'on fût pauvre comme eux, et tous ennemis irréconciliables de cette puissance papale qu'ils regardaient comme l'usurpation la plus tyrannique.
Les deux partis se séparèrent très mécontens l'un de l'autre, ce qui ne pouvait être autrement.
Jacques-Auguste de Thou rapporte que le cardinal de Tournon ayant reproché vivement à la reine d'avoir mis au hasard la religion romaine en permettant cette 4ispute publique, Catherine lui répondit : « Je n'ai rien fait que de l'avis du conc( seil et du parlement de Paris. »
Il paraît cependant que la majorité du parlement était alors contre les réformateurs. Apparemment la reine entendait que les principales têtes de ce corps lui avaient conseillé le colloque de Poissy.
Après cette conférence , dont on sortit plus aigri qu'on n'y était entré, la cour, pour prévenir les troubles (17 janvier 1 56^ ) , assembla dans Saint -Germain -en -Laie des députés de tous les parlemens du royaume. Le chancelier de L'Hospital leur dit que, dans les divisions et dans les malheurs de l'état , il ne fallait pas imiter Caton , à qui Cicéron reprochait d'opiner dans le sein de la corruption comme il eût fait dans le temps vertueux de la république.
On proposa des tempéramens qui adoucissaient