CHAPITRE XXIII
encore Fédit de juillet. Par ce nouvel édit, longtemps connu sous le nom d'édit de janvier, il fut permis aux réformés d'avoir des temples dans les faubourgs de toutes les villes. Nul magistrat ne devait les inquiéter ; au contraire on devait leur prêter main-forte contre toute insulte, et condamner à mille écus d'or d'amende ceux qui troubleraient leurs assemblées; mais ainsi ils devaient restituer les églises, les maisons, les terres, les dîmes dont ils s'étaient emparés. Ils ne pouvaient, par cet édit , convoquer aucun synode qu'en présence des magistrats du lieu. Enfin on leur enjoignait d'être en tout des citoyens soumis, en servant Dieu selon leur conscience.
Quand il fallut enregistrer ce nouvel édit, le parlement fit encore plusieurs remontrances. Enfin, après trois lettres de jussion, il obéit (6 mars 1562), en ajoutant la clause, « Qu'il cédait à la « volonté absolue du roi ; qu'il n'approuvait point « la religion nouvelle , et que l'édit ne subsisterait « que jusqu'à nouvel ordre. » Cette clause, dictée par le parti des Guises, et du triumvirat, inspira la défiance aux réformés, et rendit les deux édits de pacification inutiles.
Les querelles d'état et de religion augmentèrent par les moyens mêmes qu'on avait pris pour les pacifier. Le petit triumvirat, la faction des Guises et celle des prêtres menaçaient et choquaient dans
toutes les occasions le parti des Condé, dçs Coligni et des réformés : on était encore en paix^ mais on respirait la guerre civile.
Le hasard qui causa le massacre de Vassi fit enfin courir la France entière aux armes; et, si ce hasard n'en avait pas été la cause, d'autres étincelles auraient suffi pour allumer l'embrasement*.
(Avril iSG'i) Le prince de Condé s'empara de la ville d'Orléans, et se fit déclarer, par son parti, protecteur du royaume de France ; soit qu'il empruntât ce titre des Anglais, comme il est très vraisemblable, soit que les circonstances présentes le fournissent d'elles-mêmes.
Au lieu d'apaiser cette guerre civile naissante, le parlement , où le parti des Guises dominait toujoiirs, rendit plusieurs arrêts par lesquels il pro-
* Il est très douteux que ce tumulte ait été l'effet du hasard : toutes les apparences y sont contraires. Le duc de Guise protesta, dit-on, à la mort, de son innocence. Mais le duc de Guise qui, après avoir immolé cent mille yictimes à son ambition , osait dire que sa religion lui ordonnait de pardonner ; le duc de Guise qui , après avoir dirigé, sous François II, les intrigues qui devaient conduire le prince de Condé sur un échafaud , déclara publiquement , sous Charles IX, que jamais il n'avait trempé dans les projets des ennemis du prince, et offrit de lui servir de second contre eux, ce même duc de Guise mérite-t-il d'être cru sur parole, lorsqu'en mourant il désavoue d'avoir projeté le tumulte de Vassi ? D'ailleurs, le stvle de la déclaration qu'on nous a transmise n'est ni d'un mourant, ni du duc de Guise : c'est une pièce évidemment fabriquée; et, quand il serait vrai qu'on l'eût fait adopter ou signer à ce duc mourant, on sent combien cette circonstance ôterait encore de force à son témoignage.
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scrivait les protestans, ordonnait à toutes les communautés de prendre les armes, de poursuivre et de tuer tous les novateurs qui s'assembleraient pour prier Dieu en français (juillet 1 562 ).
Le peuple, déchaîné par la magistrature, exerça sa cruauté ordinaire partout où il fut le plus fort ; à Ligueil en Touraine il étrangla plusieurs habitans, arracha les yeux au pasteur du temple, et le brûla à petit feu. Cormeri , Loches, l'île Bouchard, Azai-le-Rideau , Vendôme, furent saccagés; les tombeaux des ducs de Vendôme mis en pièces, leurs corps exhimiés, dans l'espérance d'y trouver quelques joyaux, et leurs cendres jetées au vent. Ce fut le prélude de cette Saint-Barthélemi qui effraya l'Europe dix années après , et dont le souvenir inspirera une horreur éternelle.