‹ Histoire du Parlement de ParisChapitre 83 sur 217 · CHAPITRE XXVIII. • l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII. • l

contre sa personne et contre la famille royale, et que cette conspiration était prête d'éclater, quand on se vit obligé de l'étouffer dans le sang des complices.

Il n'était pas possible que Coligni , assassiné trois jours avant par Maurevert , presque sous les yeux du roi, et blessé très dangereusement, eût fait dans son lit cette conspiration prétendue.

C'était le temps des vacances du parlement; on assembla exprès une chambre extraordinaire (27 septembre i5']i). Cette chambre condamna l'amiral Coligni, déjà mort et mis en pièces, à être traîné sur la claie, et pendu à un gibet dans la place de Grève, d'où il serait porté aux fourches patibulaires de Montfaucon. Par cet arrêt, son château de Châtillon-sur-Loing fut rasé; les arbres du parc coupés ; on sema du sel sur le territoire de cette seigneurie; on croyait par là rendre ce terrain stérile, comme s'il n'y eût pas eu dans ces temps déplorables assez de friches en France. Un ancien préjugé fesait penser que le sel ôte à la terre sa fécondité : c'est précisément tout le contraire, mais l'ignorance des hommes égalait alors leur férocité.

Les enfans de Coligni, quoique nés du sang le plus illustre, furent déclarés roturiers % privés

* * C'est avec de tels principes que , douze ans après , c'est-à-dire en i584, Philippe II, roi d'Espagne, anoblit la famille de Ballhasar Gérard, assassin du prince d'Orange, Guillaume de Nassau. (Clog.)

l54 HISTOIRE DU PARLEMENT DE PARIS.

non seulement de tous leurs biens , mais de tous les droits de citoyens, et incapables de tester. Enfin le parlement ordonna qu'on ferait tous les ans à Paris une procession pour rendre grâces à Dieu des massacres, et pour en célébrer la mémoire. Cette procession ne se fit point, parce que les temps changèrent; et cette honte fut du moins épargnée à la nation.

Par un autre arrêt du même jour deux gentilshommes, amis de l'amiral, Briquemaut et Cavagnes, échappés aux assassins de la Saint-Barthélemi, furent condamnés à être pendus comme complices de la prétendue conspiration ; ils furent traînés le même jour dans un tombereau à la Grève, avec l'effigie de l'amiral. De Thou assure que le roi et Catherine sa mère vinrent jouir de ce spectacle à l'Hôtel-de-Ville, et qu'ils y traînèrent le roi de Navarre, notre Henri IV.

La cour avait d'abord écrit dans plusieurs provinces que les massacres de Paris n'avaient été qu'un léger tumulte excité par la conspiration de l'amiral. Mais par un second courrier on envoya dans toutes les provinces un ordre exprès de traiter les protestans comme on les avait traités à Paris'.

^ * Jacques de Matignon, maréchal de France, né au château de Lonrai, à une lieue d'Alcnçon, désobéit à cet ordre, en sauvant tous ses compatriotes protestans , qui étaient alors en grand nombre à Alençon. (Clog.)

Page 1