CHAPITRE XXX. lG
représentaient le royaume entier; mais Henri III commençait déjà à rouler dans son esprit un autre attentat tout différent.
Il voyait le duc et le cardinal de Guise maîtres de la délibération des états : on le forçait à faire la guerre à Henri de Navarre, et on lui refusait de l'argent pour la soutenir. Il résolut la mort de ces deux frères. Le maréchal d'Aumont lui conseilla de les mettre entre les mains de la justice, et de les faire punir comme criminels de lèse-majesté. Ce parti eût été le plus juste et le plus noble, mais il était impossible. Une grande partie des pairs et des officiers du parlement étaient de la Ligue. On n'aurait pu d'ailleurs rien prouver contre le duc, déclaré par le roi même général de la sainte union. Il s'était conduit avec tant d'art à la journée des Barricades, qu'il avait paru réprimer le peuple au lieu de l'exciter à la révolte. De plus, le roi avait donné une amnistie solennelle, et avait juré sur le saint Sacrement d'oublier le passé.
Enfin, dans l'état des choses, au milieu des superstitions qui régnaient, les juges séculiers n'auraient pas osé condamner à la mort le cardinal de Guise. Rome, encore toute puissante par les préjugés des peuples, donnait à un cardinal le droit d'être criminel de lèse-majesté impunément; et il eût été plus difficile, même selon les lois, de prouver les délits du cardinal que ceux du duc son frère.
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Henri III fit assassiner le duc par neuf de ses gentilshommes, de ceux qu'on nommait les quarante-cinq. Il fallut préparer cette vengeance par beaucoup de perfidie : elle ne pouvait s'exécuter autrement. Le duc de Guise fut tué dans l'appartement du roi; mais cette troupe des quarante-cinq qui avait trempé seS mains dans le sang de leur général n'osa pas se charger du meurtre d'un prêtre. On trouva quatre malheureux soldats moins scrupuleux, qui le tuèrent à coups de hallebardes.
Ce double assassinat fesait espérer au roi que la Ligue consternée serait bientôt dissipée; mais il s'aperçut qu'il n'avait commis qu'une atrocité imprudente. Le duc de Mayenne, frère des deux princes égorgés, arma pour venger leur mort. Le pape Sixte-Quint excommunia Henri III. Paris tout entier se souleva, et courut aux armes.
Le véridique de Thou nous instruit que Henri de Navarre, ce même Henri IV dont la mémoire nous est si chère, avait toujours rejeté avec horreur les offres que plusieurs gentilsKbmmes de son parti lui avaient faites d'assassiner Henri de Guise. Cependant il avait plus à se plaindre du duc de Guise que Henri Ilï. C'était à lui précisément que Guise en voulait; c'était lui que Guise avait fait déclarer par les états, indigne de posséder jamais la couronne de France ; c'était lui que la faction
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de Guise avait fait proscrire à Rome, par une bulle où il était 'appelé gé/iération bâtarde et détestable de la maison de Bourbon ; c'était lui qu'en efi'tit le duc de Guise voulait faire déclarer bâtard, sous prétexte que sa mère, Jeanne de Navarre, avait été autrefois promise en mariage au duc de Clèves. Malgré tant de raisons , Henri IV rejeta constamment une vengeance honteuse , et Henri HI Texerca d'une manière qui devait révolter tous les esprits.
Toute la France, excepté la cour du roi, disait que l'assassinat était un aussi grand crime dans un souverain que dans un autre homme ; crime même d'autant plus odieux qu'il n'est que trop facile, et que de si affreux exemples sont capables de porter une nation à les imiter.
Anne d'Est, mère des deux princes assassinés, et Catherine de Clèves, veuve du duc de Guise, présentèrent requête au parlement de Paris contre les assassins. Le parlement répondit :
(3i janvier 1589) « Vu par la cour, toutes les « chambres assemblées, la requête à elle présen-" « tée, etc.; tout considéré, ladite cour a ordonné « et ordonne commission d'icelle être délivrée à « ladite suppliante. »
(Du même jour.) Par un second arrêt M^' Pierre Michon et Jean Courtin furent nommés commissaires pour informer. Henri HT avait ordonné
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qu'on fit le procès à la mémoire du duc; il expédia une commission dans Blois. Le parlement, sur une nouvelle requête, rendit l'arrêt suivant :
« Vu par la cour, toutes les chambres assem- « blées , la requête à elle présentée par dame a Catherine de Clèves , duchesse douairière de « Guise, etc., qui, avertie que ceux qui ont pro- (c ditoirement meurtri les corps (des Guises) s'ef- « forcent de diffamer injurieusement leur mé- « moire par une forme de procès, ayant à cette « fin député certains prétendus commissaires, au *« préjudice de la juridiction qui en appartient (c notoirement à ladite cour par les lois de France, « privativement à tous autres juges , quels qu'ils « puissent être : au moyen de quoi , icelle sup- « pliante a appelé et appelle de l'octroi et exécu- « tion de ladite commission, requérant en être (c reçue appelante , et de tout ce qui s'en est ente suivi et pourra ensuivre, comme de procédures « manifestement nulles et faites par des juges no- « toirement incompétens, et ordonne commission « lui être livrée pour intimer sur ledit appel, tant « ceux qui ont expédié et délivré ladite commission ce que les commissaires; et néanmoins ordonner « que dès à présent défenses leur soient faites, sur « peine d'être déclarés infracteurs des lois cercf taines et notoires de France, et comme tels punis « extraordinairement, de passer outre, ni entre-