‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 193 sur 295 · CHAP. XXIII. — ORAGES SUR LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

CHAP. XXIII. — ORAGES SUR LE PARLEMENT

de sortir des murs, sans délai, sous peine de la vie. Quatre conseillers les recherchèrent dans les carrefours et s^assurèrent de ces hommes qu'ils appelaient des graines de pillage. La présence du maréchal de Joyeuse et de son fils, le cardinal-archevêque de Toulouse, devenant nécessaire, le Parlement les envoya chercher par deux conseillers et éloigna de la banlieue des compagnies de soldats indisciplinés et couverts de haillons. La ville tremblait de voir se renouveler les scènes sanglantes de la conjuration de Tlle de Tounis.

Un capucin ralluma, un moment, ces flammes mal éteintes : il s'écria, un jour, dans Téglise de la Daurade : € En cette Cour dé Parlement, il y a plus d'hérétiques :€ et de politiques, qu'en la Cour du Parlement de Bor- € deaux. » La ville en fut remuée et le Parlement s'assembla : Tavocat général de Caumels le requit de mettre un frein à ce déchaînement des moines prêcheurs, et d'enjoindre au grand vicaire de l'archevêque d'interdire les chaires chrétiennes à ces imaginations emportées et passionnées. Tandis que, par arrêt du Parlement, deux conseillers interrogeaient le capucin, et lui demandaient compte de ses calomnies et de ses audaces, les capitouls recevaient l'ordre de le chasser de Toulouse. Jamais le Parlement ne se trouva au milieu de pluis sombres orages : il avait à se défendre contre les émeutes d'un peuple qui croyait tous les attentats autorisés par le fanatisme religieux ; il ne pouvait, sans se mettre à la merci des factieux, se séparer ouvertement des Joyeuse et se voyait forcé de suivre, malgré lui, leur politique et leur ambition qui perpétuaient la révolte. Ses égarements étaient des malheurs plus que des fautes.

55o HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE

Le président de Paulo, cet homme, gros, court, entassé, selon ce qui en a été dit dans les mémoires de Gâche, aux traits rouges et fortement découpés, replié en lui-même, ligueur impétueux, maintenant lassé de tant d* agitations et n*aspirant qu*au repos, déserte brusquement le Parlement et résigne ses fonctions. Joyeuse en prit ombrage ; on fit de ce départ ime grave affaire dont le rapport fut lu au Parlement, chambres réunies, en présence du maréchal. Il en sortit un arrêt défendant au président, soupçonné de comploter pour le roi de Navarre, de rentrer à Toulouse. Quelques mois après, ces soupçons grandirent: le sénéchal Cornusson se rendit à Narbonne où était Joyeuse, et lui raconta qu'un bourgeois de la ville de Gaillac l'avait engagé à quitter Toulouse, parce qu'une formidable conspiration tramée par le président de Paulo et une partie de la noblesse y éclaterait sans retard, et entraînerait les soumissions au roi de Navarre. Le maréchal en instruisit aussitôt le Parment qui ordonna une secrète information contre le président. Les choses n'allèrent pas plus loin : il eût été aussi dangereux pour le Parlement de combattre, à ciel ouvert, l'ambition de Joyeuse, que de la servir sans mesure. Le président de Paulo était sage, en se retirant du milieu de ces hommes bouillants et ambitieux : mécontent des ingratitudes de la Ligue, trop lié par sa vie guerrière avec Tévéque de Comminges pour n'être pas en butte au ressentiment de Joyeuse, assez politique pour avoir voulu se ménager, auprès du roi de Navarre, le mérite d'un retour à sa cause, et il faut se hâter de le dire, assez droit et assez consciencieux pour saisir l'occasion d'effacer le souvenir de son opposition

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