CHAP. XXIII. — LA MONNAIE 55 I
violente, il chercha l'ombre et Toubli et attendit, dans sa paisible retraite, la fin des secousses dont il pressentait le dénouement. Il mettait sa devise en pratique Ad utrumque paratus.
Avant de mourir, les partis jettent des lueurs qui éclairent leurs haines intérieures, leurs rivalités et leur anarchie. Il s'était élevé, aux premiers jours de l'année iSgo, une dispute entre les Etats de T Union et le Parlement, sur une monnaie établie par les parlementaires de Toulouse. Depuis la mort du cardinal de Bourbon, la monnaie continuait à porter l'effigie de ce prince. Sur cette question, les Etats furent un moment aux prises avec la Cour : tous les deux voulaient avoir la surveillance de la monnaie. De Castelnaudary, où les Etats étaient alors assemblés, le cardinal de Joyeuse qui les présidait, trois vicaires généraux, trois barons, deux consuls et un syndic partirent pour Toulouse et représentèrent au Parlement que les Etats, craignant les divisions et les discordes, avaient souvent, dans l'intérêt de la province, fermé les yeux devant les usurpations des parlementaires, mais qu'ils étaient prêts, cette fois, à recourir à tous les moyens pour soutenir leurs droits. Le Parlement répondit qu'il n'avait jamais voulu porter atteinte aux privilèges des Etats : la paix se fit d'elle-même ; la province était lasse de querelles et de désordre ; de loin, on se tendit la main, et le nue^e passa.
Aux États, le due de Joyeuse, reconnu lieutenant général, en l'absence du maréchal son père, signala, en les flétrissant, de nombreuses désertions dans le camp de la Ligue et sollicita la levée de troupes nouvelles. Au
Parlement, où la justice, à ces années pleines de confusion, se rendait toujours, au nom du roi, sans le nommer, comme si la France vivait dans un interrègne, la nouvelle de Tévasion, des prisons de Tours, du jeune duc de Guise, fils du Balafré, fut accueillie avec des transports de joie. Les parlementaires firent chanter un Te Deum à Téglise Saint-Etienne ; le peuple les saluait de ses acclamations et les capitouls, jaloux de leur plaire, envoyèrent deux députés au duc de Guise pour le louer de sa bravoure et lui souhaiter une glorieuse liberté,
La voix du pape Grégoire XIV s'éleva "tout à coup sur le royaume et vint au secours de la Ligue battue par le roi de Navarre, avec deux bulles qui lançaient contre lui les foudres de l'Eglise, A Toulouse, le Parlement ne se contenta pas de les enregistrer, comme au Parlement de Paris, il les renforça d'un arrêt, portant que tous les déserteurs de la sainte Union eussent à y rentrer, dans un délai de quinze jours, et que les populations du ressort devaient s'incliner devant les décrets du souverain pontife.
Le Parlement tenu parfois en échec par la Cour rivale de Carcassonne, allait en triompher et la renverser. Tout poussait à ce renversement, les plaintes du peuple de Carcassonne surchargé d'impôts par le duc de Montmorency, qui commandait les troupes pour le roi de Navarre, l'humiliation des juridictions inférieures à qui pesait le joug d'un Parlement trop voisin, et l'esprit d'indépendance et de discorde de la noblesse et de la bourgeoisie. Le caractère impérieux du président delà Bourgade froissait la vanité de Philippe Roux, le juge-