CHAP. XXIII. — ATTITUDE DU PARLEMENT
sages soutenaient cette motion des royalistes de la ville ; mais la Ligue dont les restes fumaient encore, maîtrisait les consciences par le souvenir de leur ancien serment. Il en coûtait d^ailieurs aux plus puissants ligueurs de perdre, tout d'un coup, la récompense de leurs peines et de voir s*envoler les promesses de la victoire. Ils se sentaient soutenus par le peuple qui, dans sa simplicité et son aveuglement, gardait une foi profonde à Tétoile de ce duc de Joyeuse qu'il croyait être un saint pénitent sous la cuirasse. Tous les conjurés de Tile de Tounis n'étaient pas morts, et l'image menaçante de Tournier agitait encore les imaginations de ses complices cachés dans les faubourgs. Dans l'intérêt du roi, le président Bertrandi ne voulut rien brusquer ; il lui sembla prudent de ramener doucement les cœurs à l'espoir et les esprits à la soumission. La Ligue, qui s'évanouissait sur tous les points du royaume, s'enfermait et se maintenait à Toulouse, dernier foyer d'où s'échappèrent les dernières lueurs.
Le 5 avril, à la première nouvelle de l'entrée de Henri IV à Paris, le Parlement s'assembla en présence du duc de Joyeuse. Les parlementaires, qui s'étaient retirés de la ville, en apprenant la conversion du roi à la religion catholique, reprennent leurs sièges sur la menace de la privation de leurs charges. On décide qu'il sera enjoint aux capitouls de pourvoir à la tranquillité publique et que le Parlement écrira, de Taudience, au duc de Mayenne et au cardinal de Joyeuse, pour leur demander un rapport sur l'état de leurs affaires, et aux villes du ressort, pour les engager à persévérer dans leur soumission au Parlement et au duc de Joyeuse, en
attendant les résolutions qui seraient commandées par les événements.
Quelques jours après, arrivèrent de Paris à Toulouse, avec une créance du roi, Antoine de Bruyère, abbé de Villeloin, neveu du cardinal de Joyeuse, et le président de Lestang, le premier, député du clergé de Toulouse aux États de Paris, le second, ancien lieutenant général au présidial de Brives, pourvu de la charge du président Maynial par le duc de Mayenne, tous les deux grands ligueurs, ramenés au parti royaliste par la franche et facile bonté de Henri IV. Ils remirent au Parlement cette créance, çù il- était dit, qu'ils avaient commandement d'informer le duc de Joyeuse des victoires du roi et de sa clémence inépuisable envers les Parisiens, de son
désir de traiter ses sujets en père qui pardonne à ses enfants, et de les voir revenir à l'obéissance dans les provinces. Ils ajoutaient qu'après avoir représenté au roi qu'en Tabsence du cardinal de Joyeuse, il serait difficile de conclure la paix sans le consulter, le roi avait d'abord répondu qu'il fallait le rappeler de son ambassade de Rome et en finir au plus vite, mais que, se ravisant, il s'était décidé à le laisser auprès du pape Clément YIIL Cet écrit étant déposé au grefife, le Parlement résolut, en présence du duc de Joyeuse, d'écrire au cardinal pour prier le pape de rétablir la paix dans les consciences, et d'envoyer à Paris un député chargé de traiter, avec le roi, des intérêts de la religion catholique, de la justice et de la concorde dans les villes du ressort. Il choisit pour député, non un parlementaire, de peur de froisser le duc de Joyeuse et d'encourir le reproche d'une capitulation trop rapide envers le roi, mais un avocat, Pierre Rabou, an-