‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 204 sur 295 · CHAP. XXIV. — DÉSORDRES A TOULOUSE · texte numérisé non relu

CHAP. XXIV. — DÉSORDRES A TOULOUSE

maître de la ville. Les capitouls et les parlementaires déjouèrent ces manœuvres, mais les écoliers, toujours en éveil, se groupèrent en bruyantes confréries et traversèrent, en criant, les places et les nies. Ces désordres n'avaient rien que de frivole ; la voix des prédicateurs, dans les chaires, était plus périlleuse : ils traitaient le roi et les royalistes d'hérétiques et d'excommuniés, annonçaient de prochains soulèvements, et semaient Falarme dans la ville.

Joyeuse se garda bien d'étouffer ces clameurs qu'il encourageait sourdement ; il se montra dans les villes fidèles à la Ligue, y mit des garnisons et fit son entrée à Toulouse, à la tête de cinq cents chevaux et de quelques compagnies de gens de pied. Le Parlement, n'ayant pas de forces à lui opposer, recourut aux négociations qui ne firent que rendre le gouverneur plus audacieux et plus intraitable. Par peur de surprises onde massacres, les royalistes s'enfermèrent dans leurs maisons, des soldats gardèrent les portes et les avenues du Palais. ' Joyeuse marchait à son but : il entra, un jour, au Capitôle suivi de ses troupes, avec le dessein de s'en emparer ; il recula devant les fermes remontrances des capitouls ; mais, en se retirante Tarchevôché, il fit sonner le tocsin de Saint-Étienne, à la grande cloche Cardaillac.

Au bruit du tocsin, le Parlement suspend son audience, et envoie deux de ses membres à Joyeuse. L'ancien capucin, en cuirasse et armé de toutes pièces, se met en marche avec ses capitaines et ses soldats, tambours battant et enseignes déployées. Le cordelier Maurel était dans le cortège, monté sur un cheval, un

crucifix d'une main et un glaive de Tautre, poussant le cri ordinaire des ligueurs : vive Téglise et vive la Ligue, ameutant la foule et l'entraînant vers le Palais de Justice.

Le Palais était gardé par des mousquetaires. Joyeuse s'arrêta, avec son armée, sur la place du Salin et détacha un de ses capitaines pour demander raison de cette résistance du Parlement. Les portes restant fermées, Joyeuse menaça les parlementaires de les faire sauter avec la poudre. Ils lui firent cette noble réponse. « Le € lieu où la Cour est assemblée est celui où Ton con- € damne à mort les violents. La Cour n'en sortira que < pour aller rendre la justice ailleurs. > Joyeuse se retira et contint l'émeute prête à franchir les portes. Puis, il parcourut la ville,' les cloches sonnant aux églises et les ligueurs l'acclamant dans ks rues.

Le Parlement, ne se trouvant, ni en liberté, ni en sûreté, usa, une dernière fois, de la voie des remontrances ; les conseillers d'Assézat, Sabatéri, deux capitouls et l'avocat général de Caumels déclarèrent à Joyeuse que si la ville ne recouvrait pas sa tranquillité et la Cour son indépendance, le Parlement était résolu d'abandonner Toulouse et de chercher, parmi les villes du ressort, un autre siège de justice. Loin de s'effrayer de ce langage, le duc exigea que ceux des parlementaires qu'il appelait ses ennemis sortissent aussitôt de la ville. Ils partirent, en secouant la poussière de leurs pieds sur le seuil du Palais et s'acheminèrent vers Blagnac, dont le seigneur tenait le parti du roi.

Aymery De Vie qui s'était remis en route pour Paris apprit, en chemin, ces événeme its et écrivit à c mes-

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