‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 203 sur 295 · CHAP. XXIV. — INTRIGUES DE JOYEUSE · texte numérisé non relu

CHAP. XXIV. — INTRIGUES DE JOYEUSE

douté de sa sincérité et de sa droiture ne Tout pas bien connu.

Le Parlement de Toulouse croyait à la parole du roi. En se réservant de traiter avec de Vie et avec Joyeuse, il s'empressa de nommer des commissaires chargés de conférer avec l'envoyé du souverain, les présidents de Jory et de Saint- Jean, les conseillers de Gargas, d'Aussillon, d*Assezat, et Sabatéri, quatre capitouls et Tavocat générai de Caumels qui refusa le mortier de président, croyant ainsi mieux servir le roi dans ses fonctions d'avocat général. Henri IV l'en remercia aussitôt par une lettre pleine d'effusion.

Joyeuse ne s'endormait pas dans son palais. Il faisait supplier le Parlement, par les Etats de l'Union assemblés à Lavaur, de ne pas le délaisser dans ce revers de fortune ; il aurait voulu que les États se rendissent, en corps, à Toulouse, afin d'assister aux conférences du Parlement et de l'Hôtel de Ville. On le voit, ce n'était pas tant la ville de Toulouse qui résistait à Henri IV, mais plutôt Joyeuse et la faction des Joyeuse. Les Etats se contentèrent d'envoyer à Toulouse leurs députés, l'évêque de Lodève, l'abbé de Lézat et les seigneurs d'Auterive et de Labastide. Le 21 décembre 1694, ^^s conférences s'ouvrirent dans l'hôtel du président de Saint- Jory, en présence d'Aymery de Vie et du duc de Joyeuse. On. débattit d'abord la question de savoir si, après tant de serments de ne jamais reconnaître pour roi un prince hérétique et excommunié par une bulle du pape, on pouvait entrer en négociations avec lui. Le succès des conférences dépendant de cet article préliminaire, on sentit qu'il fallait lever aussitôt cet

obstacle ou rompre la négociation. Mais, c*est Lafaille qui le dit avec malice : « Texpérience fait voir que, de € tous les embarras, il n*y en a point de plus facile à « surmonter que les serments. > Les années n*ont rien changé à cela. Lafaille ajoute avec une pointe plus dure : « Les commissaires du Parlement ayant dit « qu'ils prenaient ce cas pour eux, les capitouls, qui ne « les eussent peut-être pas crus des garants assez sûrs < pour toutes autres sortes d'affaires, les en crurent pour € celle-ci. »

En deux séances, on résolut de demander au roi de conserver au duc de Joyeuse le gouvernement de la partie de la province qui avait arboré le drapeau de la Ligue, de lui donner le commandement de tout le Languedoc à la mort du duc de Montmorency, de n'incorporer au Parlement que les membres de la chambre de Béziers, légitimement pourvus de leurs charges, d'établir, à risle-en- Albigeois, la chambre mi-partie, sur le pied où elle était déjà, de n'autoriser le culte de la religion réformée qu'à une distance de quatre lieues de Toulouse, de réclamer par un placet séparé, l'amnistie des meurtres du premier président Durant! et de l'avocat général Daffis, et enfin de supprimer les nombreux subsides mis sur les marchandises, depuis l'année i56i .

La Ligue allait mourir et son heure éteyt arrivée. Le Parlement l'abattit, en frappant un dernier coup par son arrêt du i5 janvier iSgS. Il faut le citer tout entier : « La Cour, chambres assemblées, en la présence du € sieur de Joyeuse,* gouverneur et lieutenant général « pour le roi au pays de Languedoc, a ordonné et ar-

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raté qitc le roi Hcra très humblement supplié d*ogréer les articles traités et accordés avec le sieur de Vie, conseiller du roi on son conseil d*État, tant pour ce qui appartient & la conservation et assurance de la religion catholique, apostolique et romaine, que pour le fuit de la justice du gouvernement du pays de Languedoc, pour incontinent avoir reçu les provisions requises et nécessaires, ôtre procédé à la reconnaissance et obéissance dues au dit seigneur roi comme vrai et légitime successeur de la couronne, sur Tassurance que la Cour a que sa dite majesté, pour le bien de ce royaume, conservation et augmentation de la religion catholique, apostolique et romaine, et continuera de poursuivre, ainsi qu*elie a fait ci-devant envers notre ^aint Père, le bénéfice d*absolution, de quoi Sa Majesté dera a;ussi très humblement suppliée de la part de la dite Cour. Et à cet eUTet le dit sieur de Vie, pareillement requis, pourvoir et procurer au plus tôt Texpodition des dites provisions. Néanmoins, qu*il sera écrit au roi par la dite Cour, pour le supplier, très humblement, de prendre en bonne part, qu'elle ait différé la déclaration et reconnaissance, jusqu'à la réception des dites provisions, pour avoir été mue à ce faire par plusieurs bonnes et grandes considérations « importantes, tant au bien du service de Sa dite Ma- « josté, que du repos et tranquillité de ce ressort. Et en « outre, la Cour a fait inhibitions et défenses à tous « corps, collèges et communautés et à toutes personnes « de quelques qualités et conditions qu'elles soient, € d'entreprendre de faire aucune proposition, délibéra- € tion, résolution, ni tenir propos en privé ou en public,

€ tendant à empêcher YeSet de cette délibération, ni au- € trement, en quelque manière que ce soit, directement € OU indirectement rien faire, ni dire, au préjudice « d'icelie, à peine d'être punis comme ennemis et pertur- « bateurs du repos public et criminels de lèse-majesté. >

Le lendemain, un nouvel arrêt décida que, pour hâter le retour des peuples à l'obéissance envers le souverain, le Parlement engagerait le grand vicaire de l'archevêque à prendre les mesures nécessaires à ramener la paix dans les consciences.

Joyeuse, selon le mot de Lafaille, était gonflé de colère. La vie du cloître n'avait pu arracher de ce cœur ambitieux les ruses et les eflfervescences de la politique. Tandis qu'au Parlement, les ligueurs se détachaient, de jour en jour, de son parti, il retournait à Lavaur et déclarait aux États qu'il n'entendait rien conclure sans leur aveu, et sans l'absolution donnée au roi de Navarre par le pape. Cette absolution toujours annoncée n'arrivait jamais, et Joyeuse se faisait une arme de ces lenteurs du saint Siège. Lui aussi, attendait un bref de Rome, le bref qui devait lui permettre de porter, en temps de paix et de guerre, l'habit court et Tépée, et de jouir de toutes ses dignités séculières. Il savait que le roi et le Parlement ne l'aimaient guère : ayant pris goût au commandement des troupes, il hésitait à signer le traité de paix, de peur de se voir dépouiller de son gouvernement et de ses honneurs.

Il espérait avoir des conditions meilleures, en résistant jusqu'à la dernière heure. Un jour, il doubla ses gardes, appela à lui quelques gentilshommes ligueurs et des compagnies de gens de pied, et chercha à se rendre

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