‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 220 sur 295 · CHAP, XXVI. — ÉDIT DE NANTES · texte numérisé non relu

CHAP, XXVI. — ÉDIT DE NANTES

se brisait le moule social du moyen âge. Louis XIV pourra déchirer l'édit de Nantes : le grand roi n'empêchera pas la tolérance religieuse d'entrer dans les veines et le cœur du pays.

En autorisant le libre exercice de la religion protestante, dans tout le royaume, l'édit de Nantes ne la tolérait à Toulouse qu'en dehors des murs ; il admettait, du moins, tous les huguenots, aussi bien que les catholiques, aux honneurs de la magistrature. Cet édit qui donnait à la chambre de Castres une nouvelle et solennelle consécration, se bornait à en dire : c La cham- « bre ci-devant établie à Castres pour le ressort de « notre Cour de Parlement de Toulouse sera continuée « en l'état qu'elle est. > Un article secret attribuait la présidence des chambres mi-parties au magistrat le plus ancien, à quelque religion qu'il appartînt. Ce n'est qu'en i636, qu'un arrêt du conseil abolit cette prérogative et accorda la présidence et la garde du sceau au plus ancien conseiller catholique. C'est surtout à partir de l'édit de Nantes, que la chambre de Castres prit le nom de chambre de l'Edit.

A Toulouse, les prédicateurs remontèrent en chaire et tentèrent, par leurs sermons séditieux, de rallumer les passions religieuses et les désordres de la rue. Au Parlement, les; oppositions et les remontrances se relevaient menaçantes et armées. Le roi lui écrivit une lettre souple et soumise, pour le prévenir que le Parlement de Paris entraîné par la force de la raison d'État avait enregistré l'édit, que de hauts personnages de la cour allaient, dans tout le royaume, poursuivre cet enregistrement dans les divers Parlements et que

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le maître des requêtes de son hôtel, Fondriat, se mettait en route pour Toulouse. Le premier président Dufaur de Saint-Jory se consumait en efforts pour imposer silence aux sermonnaires et ramener le Parlement à la modération et à la sagesse.

La lettre royale fut enregistrée, avec une clause portant qu'il serait adressé de très respectueuses remontrances au roi, sur plusieurs articles de Tédit de Nantes. Ce qui irritait surtout le Parlement, c'était l'article ouvrant les charges publiques aux protestants. Il fallut en venir à des lettres de confirmation de Tédit et à des lettres de jussion : l'édit ne devait être enregistré, après bien des lenteurs et des disputes, que le 19 du mois de janvier de l'année 1600 c du très exprès € commandement de Sa Majesté et sans approbation € de la religion prétendue réformée. » Le Parlement traitait mieux les jésuites que l'édit de Nantes. Loin d'imiter le Parlement de Paris qui les expulsait et proscrivait leur enseignement par ses arrêts de 1894 et de 1598, il les couvrit de sa protection par son arrêt du 23 septembre 1698, en empêchant de les troubler dans leurs monastères et dans la jouissance de leurs biens.

Les Parlements envoyèrent des députés au roi. Les • députés du Parlement de Toulouse se présentèrent les derniers devant lui : il fit, tout d'un coup, Téloge des protestants, en flétrissant la Ligue. Il ne restait plus au Parlement qu'à envoyer des commissaires dans les provinces pour la longue et pénible exécution de l'édit de Nantes. Il le fit sans murmurer. Il savait ce que le roi avait dit avec sa verte vigueur béarnaise

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au Parlement de Paris : c Ce que je veux dire, c'est c que je vous prie de vérifier Tédit que j'ai accordé à « ceux de la religion. Ce que j'en ai fait est pour le bien « de la paix : je l'ai faite au dehors ; je la veux faire au € dedans de mon royaume. J'ai remis les uns en leurs « maisons dont ils étaient bannis, les autres en la foi « qu'ils n'avaient plus. Je ne me veux vanter, mais je « vexix bien dire que je n'ai eu exemple à invoquer que «' de moi-même. Je sais bien qu'on fait des brigues au « Parlement, que l'on a suscité des prédicateurs fac- « tieux ; mais je donnerai bien ordre contre ceux-là et « ne m'en attendrai à vous. C'est le chemin que l'on « prit pour faire des barricades et venir par degrés à « l'assassin du feu roi. Je me garderai bien de tout « cela ; je couperai la racine à toutes factions et à toutes « provocations séditieuses, faisant accourcir tous ceux « qui les suscitent. J'ai sauté sur des murailles de ville, « je sauterai bien sur des barricades. Ne m'alléguez « point la religion catholique ; je l'aime plus que vous ; « je suis plus catholique que vous. Vous vous abusez « si vous pensez être bien avec le pape ; j'y suis mieux « que vous. Quand je l'entreprendrai, je vous ferai tous « déclarer hérétiques pour ne me vouloir pas obéir. « J*ai plus d'intelligence que vous. Vous aurez beau « faire, je saurai ce que chacun de vous dira. Je sais c tout ce qu'il y a en vos maisons et je sais tout ce que € vous faites et vous dites : j'ai un petit démon qui me « le révèle. Quand vous ne voudrez pas Tédit, vous me € ferez aller au Parlement... Je ne suis aveugle, j'y vois « clair, je veux que ceux de la religion vivent en paix en « mon royaume et soient capables d'entrer aux charges,

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€ non pas pour ce qu'ils sont de la religion, mais d'au- € tant qu'ils ont été fidèles serviteurs à moi et à la cou- € ronne de France. Je veux être obéi ; que mon édit soit € publié et exécuté par tout mon royaume. Il est temps € que nous tous, soûls de guerre, devenions sages à c nos dépens. »

Il avait dit plus durement au Parlement de Bordeaux, après le refus d'enregistrement d'un arrêt fiscal : « Je vous répondrai en grand roi, bon soldat et « grand homme d'Etat. Vous dites que mon peuple est « foulé. Eh ! qui le foule que vous et votre compagnie ! € Eh! qui gagne son procès à Bordeaux, que celui qui a € la plus grosse bourse ! Tous mes Parlements ne valent € rien, mais vous êtes le pire de tous. Je sais bien qu'il € y en a de bons, mais le nombre des méchants est plus € grand. Je vous connais tous, je suis Gascon comme € vous. » Le roi de France gardait au cœur la rancune de quelques arrêts rendus par le Parlement de Bordeaux contre le roi de Navarre et se laissait emporter par la colère.

C'était chez lui chose rare. La passion ne l'aveuglait guère, mais quand il était à bout de raisonnements, il voulait avoir le dernier mot et se faisait obéir. Le royaume ne réclamait pas contre ses harangues et ses volontés ; il lisait, peut-être mieux que les Parlements, dans l'âme du Béarnais qui n'entendait être ni le roi des ligueurs, ni le roi des huguenots, niais le roi de France. N'avait-il pas dit, un jour, dans un beau langage de patriote et de roi que la Ligue n'était qu'une injure du temps !

Le Parlement de Toulouse se laissa toucher souvent

CHAP. XXVI. — l'aurore du dix-septième siècle 633

par ces gronderies éloquentes et cette bonhomie tranchante, d'une verte familiarité qui enlevait les cœurs. Il ne pouvait résister à leur grâce aimable. Henri IV ouvrait ainsi une glorieuse brèche au dix-septième siècle qui se levait à l'horizon, et dont il n'entrevit qu'une aurore confuse où perçait à peine, sous les nuages, le premier rayon de ce soleil qui devait être le soleil du grand roi.

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