‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 222 sur 295 · CH. XXVII. — TROUBLES A PAMIERS ET A MONTPELLIER · texte numérisé non relu

CH. XXVII. — TROUBLES A PAMIERS ET A MONTPELLIER

II autorise le provincial des augustins, aux provinces de Languedoc et de Guyenne, à faire arrêter tous profès de Tordre ayant quitté leur couvent ; il fait enlever les armes du Saint-Siège des arches du pont d'Avignon, en deçà des limites du comté de Nice et de la France; il reçoit Gaubert de Caminade en l'office de procureur général, résigné par Claude de Saint-Félix qui prend la charge de président, vacante par le décès d'Odet de Saint-Jean. La marche de la justice ne s'interrompait point et les procès ou les enregistrements de lettres patentes suivaient leurs cours. Guitard de Raté, ce conseiller clerc, d'une fidélité inébranlable au parti du roi pendant la Ligue, et dont la maison fut pillée par le peuple, eut son jour de réparation. Le roi lui donna Tévôché de Montpellier, et le Parlement, qui l'avait décrété de corps et condamné à mort par contumace, arracha des registres de la Cour cette page sombre de son histoire et ordonna que la procédure serait biffée et rompue.

On n'arrache pas du cœur humain les ressentiments et les haines comme une page du livre d'un Parlement. A la nouvelle de l'édit de Nantes, les protestants de Pamiers, parcoururent la ville en profanant les croix et en démolissant les églises prises, pendant la guerre, aux catholiques. A Montpellier, la restitution de l'église de Notre-Dame-des-Tables ne se fit pas sans une émeute et sans une information criminelle contre les protestants d'Aigues-Mortes. En Gascogne, des assemblées protestantes se tenaient dans Tombre et tramaient des révoltes. Elles furent dispersées par ordre du Parlement, dont les conseillers allaient apporter,

de ville en ville, des injonctions d*obéit^n|e oa des espérances de paix. ^

Quand la province s'apaisait, les gens du roi se 4îsputaient entre eux et leurs divisions ramenaient le désordre dans la vie intérieure du Parlement. Le procureur général Gaubert de Caminade et l'avocat général de Caumels, tous les deux ambitieux, d'une trempe altière et d'une obstination implacable, en vinrent aux prises sur des prérogatives de leur charge et s'en remirent à la décision du Conseil du roi. Le Parlement supplia le roi de renvoyer le jugement de ce conflit aux ^acations ; le procès traîna et ne se jugea que deux aàs après, malgré des scènes violentes qui n'eurent pour témoin que l'avocat général Pierre de Beloi. Il fallut que le Parlement leur défendît de se trouver, ensemble à l'audience ; quelques jours après, il se vit forcé de leur interdire l'entrée du Palais, jusqu'à la fin de leurs disputes qui se seraient perpétuées jusqu'à leur mort, si le procureur général n'eut échangé sa charge contre une charge de président à mortier. On a souvent blâmé les parlementaires de se diviser ainsi sur les préséances. Est-ce bien à eux qu'il faut s'en prendre ou à la confusion et à l'obscurité de leurs règlements ? Ils étaient des hommes et leurs querelles étaient des querelles humaines. Le président protestant de la chambre de TEdit réclame le droit de préséance alternative avec le président catholique. La contestation s'échauffe ; on écrit des mémoires et on dépêche des courriers au roi. Les protestants résistent ; mais le président catholique l'emporte.

La marche de la justice ne s'interrompt point et le

Page 1