‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 236 sur 295 · CHAP. XXVIII. — VIGUEUR DU PARLEMENT · texte numérisé non relu

CHAP. XXVIII. — VIGUEUR DU PARLEMENT

sentences des sénéchaux, et pour n'en citer que trois au passage, le décret d'emprisonnement de Jean-Etiennede Lévis pour excès contre les personnes et biens des chanoines de Mirepoix ; la condamnation du seigneur de Polastron et de la dame de Çhâteauverdun à restituer aux paysans l'excédent des droits seigneuriaux par eux perçus ; l'ajournement devant la Cour des religieux indociles et du gouverneur de Narbonne qui pressurait les campagnes. On ne saurait reprendre une à une les injonctions à la noblesse de ne plus se fortifier dans ses châteaux, et toutes les ordonnances destinées à venir en aide, contre les seigneurs, aux habitants du ressort en temps de peste, et aux pauvres en tous les temps.

Il semblait que le Parlement de Toulouse eût toujours en mémoire ce mot d'Henri IV : « Les rois tenaient à « déshonneur de savoir combien valait un écu, et moi je « voudrai savoir ce que vaut un liard, combien de peine « ont ces pauvres gens pour l'acquérir, afin qu'ils ne « fussent chargés que selon leur portée. > Le roi, pauvre et pressé d'argent, battait monnaie comme il le pouvait ; il remit en vigueur les droits de francs-fiefs, de nouveaux acquêts et des amortissements tombés en oubli dans le Quercy, le Rouergue, le Comminges, l'Armagnac et la Bigorre. Le Parlement ne se refuse pas à ces mesures, mais il s'oppose au projet de Sully de réunir au domaine les greffes du Languedoc, qui en avaient été aliénés. Sully, courroucé, traita l'arrêt du Parlement d'irrégulier, de partial et de rebelle, sans réussir à le fai re casser. Un conseiller d'état, de robe courte, muni de pouvoirs pour l'exécution de l'édit, se présenta au Parlement qui lui ferma sa porte, selon sa tradition

de n* accorder, ni rentrée, ni la séance aux conseillers du Conseil privé, de robe courte. Il se contenta d'exposer sa mission au premier président et à quelques parlementaires, qui en firent le rapport aux chambres assemblées. Le Parlement persista et défendit aux greffiers d*obéir au conseiller de robe courte. Les choses en étaient là, lorsque Sully écrivit au premier président que le roi, irrité de la résistance de la Cour, Taurait citée tout entière à son Conseil, si son ressentiment n'eût été calmé par des amis du Parlement. Cette affaire ne se termina que Tannée suivante par un nouvel édit royal sur le rachat des greffes, et par l'arrivée, à Toulouse, d'un autre conseiller d'Etat, plus ingénieux et plus habile à faciliter le remboursement des greffes de la grand'chambre, de la Tournelle et des requêtes.

La maxime de Sully, que les bonnes mœurs et les bonnes lois se forment et s'épurent les unes par les autres plaisait au Parlement plus que ses édits sur les finances. 11 la mit en pratique, par un arrêt commandant aux prostituées de quitter la ville et les faubourgs, sous peine d'être fouettées en place publique à la première infraction, et d'être pendues, à la seconde. Les prostituées parties, ce fut par la ville une invasion de vagabonds et de voleurs errant jour et nuit : par ordre du premier président, des estrapades se dressèrent dans divers quartiers, avec injonction aux capitouls « d'y « faire appliquer les vagabonds, et pourtant, pour cause € d'humanité, d'adresser ua rapport au Parlement avant € d'infliger cette peine. »

Pour la police du Palais et les écarts de la discipline» on pouvait s'en reposer sur les mercuriales ; on y ajouta

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