CHAP. XXVIII. — VIGUBUR DU PARLEMENT
des règlements sur la tenue des avocats trop négligée et parfois c débraillée », sur la décence des habits des présidents et conseillers, chose grave, dit le père Lombard, et qui n'est pas aussi indifférente qu'on l'imagine, et sur la prohibition aux magistrats de paraître aux comédies, aux amusements publics, aux banquets et aux jeux de hasard, sous peine de suspension de leurs charges à la première dénonciation. On ne leur permit le jeu de la paume que le moins possible et en compagnie de gens honorables, les portes closes, et avec une telle modération qu'il n'en pût survenir aucun scandale.
Les plaisirs et les jeux s'évanouirent devant la peste apportée par un vent furieux soufflant de Bordeaux et qui traversa Toulouse. Grâce aux mesures prises par le Parlement, le fléau ne fit pas de grands «ravages. Le Parlement défendit tout commerce avec Bordeaux et se conforma à une coutume séculaire, en faisant cadenasser les portes des maisons pestiférées. Les villes voisines effrayées cessèrent leurs relations avec Toulouse : Castres et Narbonne interdirent leurs portes au conseiller Jacques de Mausac, député du Parlement, et ne les ouvrirent que sur Tordre donné par le Parlement aux consuls mandés à la grand'chambre. Les imaginations s'exaltaient et aggravaient le mal. A l'automne, la peste disparut, et on en rendit grâces à Dieu,
dans Téglise Saint-Etienne.
A cet automne de 1608, il sembla que tous les éléments s'étaient conjurés pour fondre sur Toulouse. Après les vagabonds et la peste, la Garonne sortit de son lit et inonda la ville ; un tremblement dte terrç suivit
68o HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
ce débordement du fleuye, et dans la nuit du 9 décembre, un incendie dévora le chœur de Téglise de Saint- Etienne. L*ancien Château-Narbonnais où siégeait le Parlement menaçait de s*écrouler : on détacha, des murs lézardés, d^énormes pierres liées ensemble par des crampons de fer, et on les entassa dans un coin de la place, pour servir, un jour, à reconstruire le Palais. Le premier président proposa au Parlement d* ordonner cette entreprise, en offrant d*y contribuer par une forte somme d* argent, à la condition de voir ses armes sculptées sur les murs. Le Parlement refusa. Il autorisa» au contraire, le chapitre de la cathédrale à prendre une partie de ces pierres pour la reconstruction du chœur incendié, à la charge d'en rendre autant, dans l'espace de quatre années. De leur côté, les capitouls demandèrent des débris du Château-Narbonnais, pour élever la huitième pile du pont neuf; cette permission leur fut accordée, sous la condition de les remplacer dans un délai de trois mois.
C'est que le Parlement songeait à rebâtir son Palais tombant en ruines ; mais les dépenses de la guerre, la peste, les inondations, la disette, les rigueurs de l'hiver, la mort des arbres et des troupeaux, tous ces fléaux assemblés le détournèrent de ce projet qui tenait tant au cœur du premier président, Nicolas de Verdun. A ces calamités s'ajoutaient les désordres de la rue et les émeutes : il fallut, sous peine de la vie, empêcher les écoliers et les suppôts de l'Université, de se promener en foule, de courir les bals et de sortir de leurs maisons après le couvre-feu. Un arrêt leur renouvela la prohibition des arrêts de i537 et de 1675, de porter