CH. I®'. — RESSORT DU PARLEMENT
l'Aude, des Hautes-Pyrénées, du Gers, de l'Hérault, du Tarn, de Tarn-et-Garonne, du Lot, de rAveyron, du Gard, de la Lozère, de TArdèche et de la Haute- Loire.
Ces contrées, autrefois groupées dans la môme province et vivant de la même vie, gardèrent longtemps les traces profondes des peuples qui les avaient traversées, des Ibères, des Romains, des Goths, des Sarrasins, des Albigeois et des Camisards. On sentait partout le génie de ces peuples, par tout ce vieux Languedoc coupé de chaînes de montagnes et de belles et fécondes plaines, où les fleuves, descendus des Cévennes ou des Pyrénées, s'épanouissent sur les vallées et s'écoulent vers la Méditerranée et rOcéan, à travers les campagnes chargées de moissons, les gorges sauvages et les collines ombragées de vignes, d'oliviers et de mûriers. La féodalité n'y pénétra qu'à la faveur des croisades ; cette libre terre du Languedoc, qui repoussait la fameuse devise féodale: « Nulle terre sans seigneur », eut toujours au cœur l'amour de ses franchises. Le Parlement mit aux veines des hommes de la province les fortes croyances, l'esprit de résistance et l'esprit de justice altéré par le caprice ou la force, le goût des arts et les joies de l'intelligence et de tous les combats de la parole ou de Tépée.
Vers ce Parlement, les villes du ressort se tournaient sans cesse, parce qu'elles y trouvaient une justice plus haute et plus forte que celle de la Cour féodale des comtes et qui contenait, sous ses mains puissantes, toutes les justices de la province si souvent oppressives ou passionnées. Inspirée par les légistes, la royauté restreignit ainsi les justices inférieures de la province, les réduisit
presque toutes à n'être que des juridictions d'épée et les enferma dans d'étroites limites, gardées d'un œil sévère et jaloux par le Parlement. Le centre, autour duquel elles rayonnaient, ne se trouvait pas au milieu même de la province; mais il se dégageait, dans une vive lumière, du tourbillon des autres villes et attirait à ce foyer de la cité des comtes, du Parlement, des capitouls et du gai savoir toutes les intelligences éprises de science et de poésie. C'était une région prédestinée, avec son climat vif et chaud, son mélange de libertés, de coutumes locales et de traditions romaines, placée au point central de trois grandes nations la France, l'Espagne et l'Italie, entre les Pyrénées et les Alpes, presque à égale distance de Paris, de Rome et de Madrid, et dont Rome avait pressenti^ à je ne sais quels signes, les glorieuses destinées, en lui donnant le nom de Rome Garonnaise. N'est-ce pas aussi un érudit du seizième siècle qui l'a appelée le siège véritable et illustre entre tous du droit civil, illam venerabilem quasi sedem et domicilium juris civilis.
Quand les Anglais furent chassés de la Guyenne, le ressort s'étendit sur le paj's reconquis et les contrées voisines, et même sur Bordeaux. La ville de Bordeaux n'eut son Parlement qu'en l'année 1462.
Le Parlement de Toulouse sortait à jamais du Parlement de Paris, semblable à un fleuve qui cesse de mêler ses flots aux flots d'un autre fleuve et qui retrouve son nom et reprend son libre cours, en réfléchissant dans ses eaux vives les cités pleines des bruits de la vie, les châteaux et les monastères, les campagnes travaillant dans la paix ou gémissant des ravages delà guerre, tout ce qui germe, s'élève et s'agite sur ses bords. Mais ces