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leur style solennel, et se trompèrent d'époque en essayant de parler à la grand'chambre et sous nos cieux éteints, comme on parlait à Athènes, à la clarté du soleil de TAttique, et à Rome à la tribune aux harangues.
Massillon et Racine, qui se sont raillés de cet étalage de citations étrangères à la cause, ont trop oublié qu'au sortir de la Ligue, à une époque de guerres religieuses et de fermes croyances, l'éloquence judiciaire devait présenter un caractère à la fois religieux et dogmatique. Le Parlement commandait aux avocats, par ses traditions de vertu et de foi, la science et la solennité. Le droit canon, autant que le droit civil, était familier aux parlementaires et aux avocats ; les magistrats aimaient cette érudition et respectaient, même dans ses écarts, cette profusion de citations savantes. Ils y voyaient le principal mérite et la première condition de l'éloquence, et reconnaissaient, au passage, en les saluant comme de vieux amis, ces textes sacrés et profanes évoqués à l'audience. A la beauté des citations et à la surprise des rapprochements et des allusions, ils trouvaient un plaisir délicat de l'esprit et une joie delà conscience. Dans leur austère mission de rendre la justice, ils aimaient à puiser leurs décisions dans la sagesse antique, et à ajouter ainsi à la majesté des débats, sans s'inquiéter de la longueur des plaidoiries et des lenteurs des procès.
Ces parlementaires n'avaient-ils pas aussi leur éloquence dans leurs délibérations et dans leurs discussions en chambres assemblées, où les plus ardents se laissaient aller aux libres inspirations de la parole ? De
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la mêlée des opinions, du choc des controverses, sortaient ces arrêts fameux qui frappaient Tesprit publiée coups retentissants et redoublés. Les registres, en inscrivant les arrêts, ont supprimé ces longs combats intérieurs, souvent plus fougueux que les plaidoiries et qui fixaient la victoire.
Qu*on ne s'imagine pas que ces séances secrètes de la Chambre Dorée du Parlement de Toulouse fussent sans bruit et sans émotions. Les parlementaires se passionnaient aux argumentations, parlaient haut, se levaient et entraînaient la majorité. Leur parole, plus simple, plus forte, et moins gâtée par le pédantisme que celle du barreau, était pleine de la substance des choses et soutenue de conviction, d'énergie et de clarté. La turbulente jeunesse du Parlement, celle que Voltaire appelait la cohue des enquêtes, et que Retz, qui la connaissait mieux, nommait la sainte cohue des enquêtes, criait, s'emportait; elle huait parfois ou applaudissait. De leur banc, les avocats et les procureurs ne pouvaient saisir que des rumeurs sourdes de ce fracas des disputes parlementaires. Ces délibérations, ces harangues, ces plaidoiries, cette recherche de citations et de style, cette emphase et ces travaux qui épuisaient ces nobles vies, c'était réloquence écrite du barreau sous Henri IV. Elle attend que Gerbier brise ses entraves et lui donne des ailes; elle attend Tiniprovisation.
Sous Henri IV, la langue française est à peine sortie du berceau; dans sa gracieuse et naïve enfance, toute brillante de la gloire de Montaigne, elle garde la brusquerie gascone de Montluc, et la vivacité charmante de Marguerite de Valois. Déjà, à Tavènement du Béarnais,
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elle devient conquérante et brave comme lui : tandis que la poésie se renouvelle et se retrempe aux stances de Malherbe, aux Tragiques de d'Aubigné et aux satires de Mathurin Régnier; la prose, moins heureuse et moins glorieuse, s'épure et se fortifie avec Duplessis-Mornay, les cardinaux du Perron et d'Ossat, CoeflFeteau et Valla-
dier, Etienne Pasquier et Guillaume du Vair. A leur gravité et à leur élégance, d'Urfé, Amyot et Henri IV vont associer leur douceur, leur naïveté adorable et leurs saillies familières et fières. Ainsi sera émondée et rajeunie, à l'usage des grands poètes et des grands écrivains du dix-septième siècle qui se lève, la langue française qui étonnera le monde et deviendra une puissance dans l'Etat.
Dans les fragments de plaidoires ou de discours des avocats et des avocats généraux retrouvés dans Maynard et dans les autres arrôtistes, on ne peut découvrir, qu'à de rares éclairs, les mouvements de l'âme, ou les entranements de la parole. On y sent, pourtant, un peu de ce souffle chaud qui sortait de leurs lèvres. A Toulouse, ils ont ces locutions gasconnes que n'ont pas les avocats de Paris, la véhémence exubérante, les longues envolées de paroles, et ces tours de phrase sentant leur origine gauloise^ qu'Etienne Pasquier reprochait à Montaigne. Chez eux, cette fidélité à leur vieille langue, exhalant les senteurs du pays natal, était encore du patriotisme. Éloignés des bords de la Seine et sortis des villes de l'Armagnac, du comté de Foix, du Rouergue, de la 'Gascogne ou delà Bigorre, ils gardaient l'empreinte de leur climat, en ayant la rudesse des montagnards, la verve des Cas-
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cons, et cette poésie des imaginations méridionales qui manquait aux avocats de Paris. Us buvaient, d*ailleurs, les eaux de la Garonne, claires et sonores, que les Romains appelaient, avec un fin sourire, les eaux à voix bruyantes, aquœ verbigenœ.
Plus d*une fois, ces avocats généraux, ces avocats du Parlement de Toulouse, et ces chercheurs d'arrêts et de décisions notables s*acheminèrent, le dimanche, à la saison d*été, vers le château de Saint-Jory, où le premier président les attendait et les faisait parler sur Téloquence. Si les greffiers Lacombeet Malenfant s'étaient trouvés là, ils nous auraient certainement rendu, à la manière de Loysel, ces libres entretiens sous les grands chênes, ou à l'ombre du vieux manoir, qui était, pour le premier président du Parlement de Toulouse, ce que la Floride avec ses oliviers était pour du Vair, Vignay pour THôpital, et, plus tard, Baville pour Lamoignon.
Au château de Saint-Jory, ces esprits charmants et graves, et qui n*ont pas eu de rides, n'avaient pas devant eux, comme les disciples de Platon^ la mer et le soleil de la Grèce ; mais ils apercevaient, à Thorizon, les cimes blanches et bleues des Pyrénées, et ils pouvaient, aussi bien que sous les platanes et au pied du mont Hymette, parler d'éloquence sous ce ciel digne de Tinspirer, Ils devaient avoir plus d'élan, de feu et de bonne humeur que les avocats pressés à Paris, dans la chambre étroite de Loysel, bu dans la maison obscure et froide d^Ëtienne Pasquier. Sous les ombrages de Saint-Jory, la parole de ces hommes, reposée des plaidoiries de la semaine, respirait la chaleur et la fraîcheur des choses de la nature