CH. II. ^- LES GUERRES INTERIEURES SQ
< grands et sages gens » chargés de rédiger, sous la présidence du comte de Dunois, un édit sur l'administration de la justice et la police du royaume. C'est lui qui introduisit rimprimerie à Toulouse sur les conseils de Fust, son ami. Le premier président de Marie, mandé à Paris, y vécut dans une retraite austère environné du respect public et gardant au cœur le ressentiment de sa disgrâce. Il fut le premier des chefs des Parlements de France qui prirent le titre de chevalier qu'il tenait de sa naissance. C'est à tort que La Rocheflavin a prétendu que Jean Daffis fut le premier à prendre ce titre. Les autres ne prenaient que le titre de maîtres qui n'a jamais été un signe de roture. Les barons, les plus puissants seigneurs, les évéques et Gaston, comte de Foix et de Béam tenaient à honneur de prendre ce titre comme une marque de juridiction et de souveraine autorité.
La chevalerie d'ailleurs n'allait plus être inféodée à la guerre ; on commençait à la donner à la magistrature et aux lettres, et il y eut alors les chevaliers français des lois.Cefut un rayon de la vieille gloire et les chevaliers qui brillèrent sur l'ancienne magistrature du royaume, vaillante et savante, et combattant par des arrêts aussi bien que les seigneurs avec l'épée, les ennemis de l'Etat. Les guerres intérieures étaient parfois plus cruelles et plus furieuses que la guerre étrangère. Charles IX le comprit bien en donnant à quelques années de là, à un président à mortier du Parlement de Toulouse, Antoine de Paulo, ses lettres de chevalier, portant qu'il lui baillait de sa main, l'accolée militaire,' en présence des princes du sang et afin qu'il eut les mômes prérogatives et droits que les autres chevaliers d'armes du royaume de France.
6o HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
Il y eutencoreune chevalerie octroyée aux professeurs de l'université, mais elle était bien inférieure en honneurs et en privilèges à la chevalerie des Parlements.
Le palais était fermé depuis sept mois. La ville de Montpellier remuante, industrieuse et chère à Louis XI par la pureté de son climat et la célébrité de son école de médecine remontant aux Arabes, allait devenir le siège du Parlement. Le roi Ty transféra, par ses lettres patentes du 21 septembre 1467, pour y siéger aussi longtemps qu'il avait siégé à Toulouse. L'ouverture de ce Parlement se fit le 12 novembre de la même année, sous la présidence de Jean de Bourbon, évéque du Puy. On lut, à huis clos, Tordre du roi obligeant les parlementaires à résider à Montpellier; puis, les portes furent ouvertes à la foule. A cette première séance assistaient le troisième président Jean Duvergier, les évêques d'Uzès et de Maguelonne, les conseillers clercs Pierre de la Treille, Pierre de Benquet, Jean Longroy et les conseillers lais Pierre Damian, Jean de Héricou, Jean de Rossignol, Bremon de Saint-Félix et Bernard d'Olive. On rétablit sur leurs sièges les magistrats bannis pour avoir résisté au duc de Bourbon ; l'avocat du roi de Lauret et le procureur général de Morlhon. La Cour des aides suivit le Parlement dans cette émigration.
Les destitutions ne tardèrent pas à frapper d'autres magistrats qui protestaient contre cette translation arbitraire. Le premier président de Marie renouvela, par procureur, sa protestation contre sa révocation et la nomination de son successeur, Jean de la Vemade, qui prenait la qualité de chancelier du Bourbonnais. Louis XI ne s'inquiétait ni de ces oppositions ni des re-
CH. II. — l'inamovibilité de la magistrature 6i
montrances, ni des colères ; il envoyait froidement des lettres de jnssion qui imposaient la soumission. Pourtant, de ce Parlement bouleversé il s'éleva de telles rumeurs que le roi s'en émut et déclara, par ordonnance, qu'il ne serait pourvu à aucune charge, si elle n'était vacante autrement que par mort, résignation ou forfaiture. Une telle décision ne consolait ni ne rassurait les révoqués et les bannis. Cette ordonnance de Louis XI lui a fait attribuer l'institution de l'inamovibilité de la magisti:ature. Il faut la chercher plus haut : elle a été la conséquence de l'introduction des légistes aux Parlements. Les seigneurs, désertant la Cour du roi pour vivre dans leurs châteaux, étaient remplacés par des hommes de loi ; de Cours féodales les Parlements devenaient des Cours de justice. Déjà, en i3o2, Philippe le Bel, en confirmant Jes officiers du Parlement de Paris dans leurs fonctions, les rendit « perpétuels et non destituables » par un privilège personnel qui ne tarda pas à se transformer en règle générale pour l'avenir.
Les légistes cherchèrent à obtenir des garanties contre les caprices du prince : Philippe de Valois leur assura l'exercice de leurs charges pendant la durée de son règne; les Parlements étaient réputés dissous à la mort des rois ; mais les lettres de confirmation consacraient les ordonnances des anciens rois, à chaque avènement à la couronne, et, avant de mourir, Louis XI fera jurer au Dauphin de se soumettre à cette tradition royale.
Le Parlement de Montpellier installa le premier président de la Vernade et ne jugea que peu de procès ; le Père Lombard n'en cite que deux : celui de la sénéchaussée deBeaucaire, qui plaidait contre le domaine royal, et le
procès du comte de Candale, qui parvint enfin à obtenir Tenregi s t rement de la cession du comté de Lavaur.
A Toulouse, les capitouls se plaignaient amèrement de n'avoir plus le Parlement. Ils songèrent à confier à un juge mage, Guillaume Brun, conseiller intime et médecin de Louis XI, la mission d'implorer le roi et de fléchir ses ressentiments. Brun parla si bien à ce roi défiant et opiniâtre que de nouvelles lettres patentes du 24 décembre 1468 rétablirent le Parlement à Toulouse. Le retour de cet envoyé des capitouls a été retracé dans un curieux tableau du temps : les capitouls. en manteaux de cérémonie et sur la tête un bonnet rouge en pointe et sans rebords, sont assemblés au Capitole, ayant derrière eux le corps de la bourgeoisie. Brun, en robe bleue, avec un chaperon rouge sur Tépaule, prend place au milieu des capitouls; un greffier, vêtu d'une robe bleue, debout et tête nue, lit les lettres patentes à la foule qui remplit la vaste salle du Consistoire. Un chaud reflet de soleil éclaire toutes ces têtes et leur donne le mouvement, la joie et la vie.
Quelques jours après, les parlementaires reviennent, comme une légion triomphante, au bruit des acclamations de la noblesse et du peuple. La Cour des aides marchait à la suite du Parlement. Les États, tenus à Montpellier en 1470, tentèrent de ressaisir le Parlement; mais, cette fois, Louis XI les réprimanda et désavoua ses commissaires qui avaient dépassé leurs pouvoirs et enfreint ses volontés. Il déclara une dernière fois que le Parlement et la Cour des aides seraient fixes et permanents « dans la ville des capitouls, capitale du Languedoc et ville royale. » La Cour des aides ne tarda