CH. II. — AMBITIONS ET DISCORDES
lement de Toulouse, s*il faut en croire le bon et savan^ Maynard. Louis XI fit même un coup d'autorité en appelant Jean Daunet, ce très honoré et très redouté seigneur, ainsi qu'il est désigné dans un traité passé entre Louis XI et Jean de Foix comte de Candale, à la première présidence du Parlement de Paris, à la place de Jean de Nanterre auquel il accorda en échange le première présidence du Parlement de Toulouse. On ne croit pas que Jean de Nanterre ait jamais pris possession de ce siège ; il eut assez de résignation et de noblesse d'àme pour rester au Parlement de Paris, au second rang, sous la main de celui qui le remplaçait par la volonté du roi.
Pendant ce temps, les ambitions et les discordes s'éveillaient à Toulouse, autour de ce siège vacant de la première présidence. Des ressentiments et des haines, on en vint aux accusations et aux procédures irritantes et bruyantes. Au travers de ces disputes, des présidents et des conseillers de Paris échangeaient leurs charges avec des présidents et des conseillers de Toulouse. L'un deux, Jean Duverger, ancien conseiller au Parlement de Paris et nommé troisième président au Parlement dt Toulouse, éteint, en qualité de négociateur du roi, la révolte des Catalans contre le roi d'Aragon et reçoit, en don de joyeuse réconciliation, les seigneuries d'Alez, de Rousson, de Condrasset et de Montlaur. Ce sont encore des magistrats du Parlement de Toulouse le procureur général Antoine de Morlhon et le conseiller Jean de Gargas, que le roi envoie dans les Pyrénées, pour tracer les limites du comté de Roussillon.
La première présidence étant toujours briguée et disputée ; Louis XI écartait dédaigneusement ces rivalités
persistantes. Le Parlement de Toulouse venait de l'offenser par une résistance qu^il ne lui pardonnait pas : le Parlement avait accordé, malgré le roi, des lettres de grâce à Jean d'Albret, vicomte deTartas, qui s'était empressé, en reprenant la ville de Fleurance, défaire pendre les consuls, de massacrer les hommes et les femmes jusqu'au pied des autels, piller et brûler les maisons. Enfin» Louis XI, pressé par le chancelier, se décida à nommer Henri de Marie, d'une trempe ferme et fine, ancien con* seiller au Parlement de Paris, ancien maître des requêtes et petit- fils du chancelier de France, Henri de Marie massacré avec le connétable Jean d'Armagnac par la faction des Bourguignons sous le règne de Charles VI. Il fut installé, le 12 mars 1466, et désigné bientôt après, comme un des commissaires du roi à l'assemblée des états tenus à Montpellier et au Puy.
Ces assemblées se plaignirent aux commissaires du roi de ce qu'il ne nommait guère au Parlement que des gens de basse main et de petit état, ni lettrés, ni savants en droit, cordonniers, maréchaux ferrants, arbalétriers. Ces plaintes portaient à faux; le reproche adressé au roi de prendre dans leur obscurité des hommes qu'il pouvait désavouer au gré de sa politique, tombait de lui-même devant les noms des magistrats d'une science éprouvée ou de familles renommées et respectées, nobles ou bourgeoises, et dont quelques-unes jouissaient des honneurs de la chevalerie. Si le roi, à une heure d'oubli ou de lassitude, avait laissé quelque ambitieux sans savoir et sans vertu pénétrer dans les grandes compagnies judiciaires, les États se montraient trop ombrageux. Au Parlement de Toulouse n'avait-on pas eu en plein éclat les noms
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illustrés de Durfort, d'Estanges, de Voisins, de Cardaillac, de Chabannes, de Pompadour, de Lautrec, d*Esparbès, d'Hautpoul, et de tant d'autres sortis de la plus vieille et de la plus glorieuse noblesse ?
Les séances des états ne se passaient pas toujours sans orages. Les sénéchaussées de Carcassonne et de Beaucaire, élevèrent la prétention de faire siéger tour à tour le Parlement danschacune des trois sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne et Beaucaire ; en cas de refus elles menaçaient la ville de Toulouse de demander la suppression de son Parlement et sa réunion au Parlement de Paris. Le président des états, Jean, bâtard de Bourbon, évêque du Puy, poussait à cette révolution judiciaire. D'un autre côté, un démêlé ayant éclaté à Carcassonne entre les consuls et le peuple, le Parlement y envoya des commissaires qui furent emprisonnés et maltraités par Geoffroy de Chabannes, lieutenant du duc de Bourbon. Le Parlement lance contre Chabannes un arrêt de prise de corps.
Le duc de Bourbon prend couleur pour son lieutenant Geoffroy de Chabannes, et se joint aux sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne pour soutenir leurs prétentions. Il reçoit même de ces sénéchaussées à cette occasion, s'il faut en croire des chroniques, un présent de cinq cents écus d'or. Cette pluie vermeille porta ses fruits : le roi qui aimait le duc de Bourbon écouta ses doléances et commença par enlever au Parlement la connaissance des troubles de Carcassonne. Le Parlement refusa d'obéir aux injonctionsroyales ; il ne craignait pas à ces années, qui sont encore, selon le mot de la Rocheflavin, ses années d'enfance, d'entrer en lutte avec l'ombrageux Louis XL On est frappé de cette hauteur sou-
daine et de cette fortune rapide ; mais Louis XI va s*en venger. Les gens du roi et quelques conseillers sont aussitôt suspendus de leurs fonctions et, par un singulier contraste, le roi octroie aux membres de toutes les Cours souveraines du royaume Tinamovibilité promise par Philippe de Valois et Charles VIL Dans cette Ame violente et profonde, les hautes vues de la politique refoulaient les emportements de la passion. Le premier président répliqua par une protestation solennelle où il adjurait le Parlement de se bien pénétrer de la grandeur de sa mission de n*écouter que la voix de la conscience et de rendre la justice sans peur et sans faiblesse et sans avoir le souci de la prison ou de la mort. Le roi entra dans une violente colère et signa de nouvelles lettres dépouillant le Parlement de la connaissance des tumultes, séditions et complots de toute la province du Languedoc, pour en investir le duc de Bourbon.
Le i3 mai 1467, les commissaires du roi, marquis de Saluées, Marin Marimon et quelques autres arrivent à Toulouse et présentent au Parlement les lettres royales où il était dit qu*en Tabsence de plusieurs magistrats envoyés en ambassade ou retenus à Paris pour le service de la couronne, le nombre des parlementaires restés à Toulouse n'était pas suffisant pour tenir le Parlement, et que le roi commandait en conséquence que le cours de la justice fût suspendu et qu'on renvoyât les sceaux au roi ou à son chancelier. Le Parlement courba la tète. Le premier président Henry de Marie est révoqué et remplacé, malgré ses protestations, par Jean de la Vernade dont le vif et pénétrant esprit avait séduit le roi, en 1466, à une assemblée .de prélats, de seigneurs et de