‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 58 sur 295 · GHAP. V. CHANSON DES CLERCS DE LA BASOCHE · texte numérisé non relu

GHAP. V. CHANSON DES CLERCS DE LA BASOCHE

de Lautrec,que le père Lombard appelle l'homme le plus fier et le plus brave de son siècle, prenait le gouvernement du Languedoc et prononçait, au Parlement, du haut bout du banc des conseillers lais, une harangue où il louait la Cour de sa fidélité au roi et proposait des mesures de résistance à l'invasion de l'armée espagnole.

On apprit tout à coup la déroute de Pavie, à la fin du mois de février i525. Depuis la défaite du roi Jean, la France n'avait pas traversé de plus douloureuses journées. Dès que le maréchal de Lautrec sut que le roi était prisonnier, il écrivit de Narbonne au Parlement qui s'assembla, donna des ordres au sénéchal et aux capitouls pour assurer la tranquillité de la ville et demanda aux prélats du ressort des prières publiques pour la conservation du roi et de l'Etat. De même que sous le roi Jean la province prit le deuil,les Etats prohibèrent l'usage de la vaisselle d'or et d'argent et des habits de couleur jusqu'à la délivrance du roi, et le Parlement, en signe de deuil et de tristesse, prohiba les danses, les festins et les plaisirs et défendit aux parlementaires de porter des habits de soie. Sous le roi Jean, des députés de la sénéchaussée de Beaucaire avaient offert aux Anglais leurs corps, leur fortune, les biens de leurs femmes et de leurs enfants ; le Parlement disait dans son arrêt, après la bataille de Pavie : c Ains, que chacun en droit soi, ait à rabaisser € son état et que celui qui a trois chevaux se contentât € d'aller à deux. »

Dans ce doux climat de Toulouse où les chansons volent dans l'air, il y a toujours un chant d'eispérance au fond des âmes, de même qu'il y a un rayon à tous les nuages du ciel. Ceux qui gémissaient sur la capti-

vite du roi et portaient le deuil de la patrie vaincue reprirent courage, en entendant, le soir, autour du mai de la cour du palais, les clercs de la Basoche chanter cette vielle romance patoise, d'une mélancolie naïve et touchante :

€ Quant le roi partit de France pour conquérir d*autres pays, à l'entrée dje Pavie, il fut pris par les Espagnols.

€ — Rends-toi, rends-toi, roi de France, sinon tu es mort ou pris. — Comment serais-je le roi de France ; jamais je ne Tai vu.

€ Les Espagnols lèvent le pan de son manteau et ils trouvent le fleurs de lys. lis le prennent ; ils l'entraînent ; ils le tiennent en prison.

€ Dans un trou obscur, jamais soleil ni lune ne se montrent autrement que par une petite fenêtre... un postillon il voit venir.

< — Postillon qui porte les lettres, que raconte-t-on à Paris ? — La nouvelle que je porte est que le roi est mort ou pris.

€ — Retourne vite, postillon, et vole vers Paris, recommande-moi à ma femme et à mes petits enfants.

€ Qu'ils fassent battre la monnaie, toute celle qui est dans Paris, qu'ils m'en envoient une charge pour me ramener au pays. »

Le Parlement s'attendant à voir les Espagnols assiéger Toulouse, donna mission au président d'Olmières et à quatre conseillers d'assister à tous les conseils de la ville et de se transporter partout oti le service du roi et le salut de la patrie exigeraient leur présence. Sur l'avis de ses commissaires, il autorisa une imposition de 24,000 livres, enordonncmt que le tiers en serait réparti

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