CHAP. V. — LA PESTE I4I
de la Saint-Martin de Tannée i52i. La peste revint plus meurtrière et le Parlement alla à Lavaur, pour ne regagner Toulouse qu'au printemps de 1622, et assister à rentrée solennelle du nouvel archevêque, Jean d'Or* léaps, qu'il accompagna de l'église Saint-Étienne au palais archiépiscopal, où toute la compagnie dîna avec le prélat.
La crainte d'une invasion espagnole tenait en éveil le Parlement qui enjoignait au juge-mage et aux capitouls d'amasser des munitions de guerre et de redoubler de vigilance. D'un autre côté, le connétable de Bourbon^ prince brave à la fois et infidèle au roi, vendait ses services à la maison d'Autriche, la rivale orgueilleuse de la maison de Bourbon. Il s'évada de la province du Languedoc et passa en Italie, Le gouvernement, inquiet de ce départ, craignit une révolte des partisans de ce prince et fit partir en poste, pour Toulouse, le seigneur de Montpezat, nommé plus tard maréchal de France, qui descendit au palais de justice où le Parlement, toutes les Chambres assemblées, ordonna sur sa demande, au sénéchal et aux commandants des places, de garder les passages des Pyrénées et les villes fortes de la frontière. Les capitouls prirent de sévères ordonnances de police et le Parlement condamna à mort des Allemands déguisés qui traversaient Toulouse pour rejoindre les armées de Charles-Quint.
Ce n'était pas sans raison que la ville de Toulouse songeait à se défendre et à se fortifier en cas de siège. Charles-Quint, dans ses projets de conquête, fut tentée plus d'une fois, en campant dans le Béam, d'envahir le Languedoc et d'assiéger la capitale de cette belle pro-
vince voisine de TEspagne. Le Parlement organise la défense nationale. Les plus intrépides étant les plus jeunes, toute une légion d'écoliers, amoureuse de coups d'épées et d'aventures, déserte l'université et échange ses livres et ses cahiers contre les armures brillantes. On les connaissait dans le monde entier sous le nom des bons étudiants, à la différence des joueurs de paume de Poitiers, des danseurs d'Orléans, des bragards d'Angers, des croitz de Paris, des brigueurs de Pavie et des galants de Turin. Le moine Hélinaud, l'ancien trouvère du uordde la France, en inaugurant, sous le règne de saint Louis, l'université de Toulouse, ne s'égarait pas en disant que les écoliers, par nature et par une impulsion secrète, cherchaient bien plus la science et le bruit que la sagesse silencieuse et la vertu. Les clercs, eux-mêmes, se montrèrent en habit de guerre : mais, enivrés de leur liberté, ils s'abandonnèrent à de telles licences que le Parlement leur infligea les peines du fouet. Un des étudiants de ce temps était Michel de L'Hôpital, âgé de dixhuit ans, promis un jour à la chancellerie de France. Son père, médecin du connétable de Bourbon, avait suivi ce prince révolté dans sa fuite. Le fils paya le crime du père par la prison, où il demeura jusqu'à ce que son innocence fut reconnue et confirmée par lettres du roi. Le chancelier devait se souvenir plus tard des rigueurs du Parlement de Toulouse.
Ces prises d'armes et ces bruits de guerre ne détournaient pas le Parlement des réformes intérieures du palais. Les procureurs et les avocats retardant sans cesse, par des lenteurs chèrement payées par les plaideurs, le jugement des procès , la Cour travailla sans
AÛM^MiriMAAi
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relâche à supprimer ces abus. Parmi les règlements de cette époque, il en est un qui mérite d'être signalé : Dans les procès par écrit et de nature à être terminés sans délai, les avocats étaient obligés de convenir des faits avant l'audience et les procureurs, alors au nombre de quarante, de se trouver à l'audience avec les actes dont la lecture paraissait nécessaire à la justice. • Un vieil usage remontant à des temps barbares allait à jamais disparaître. Le mardi gras de chaque année le roi de la Basoche, escorté de ses sujets, en masque et dans un travestissement bizarre, se transportait à la grand' chambre, pendant l'audience et s'emparait du parquet. Là, cette troupe avinée se mettait à plaider en un langage bouffon et plein d'allusions grossières. Le Parlement la chassa pour toujours du palais. Par les mercuriales, il veillait avec un soin jaloux à la discipline de la compagnie et à la sagesse de ses mœurs. Aux parlementaires qui s'écartaient de leurs devoirs, les gens du roi n'épargnaient pas les censures et les réprimandes : ils étaient pourtant assez cléments pour ne pas les nommer en public ; ils les introduisaient dans une autre chambre où siégeaient des présidents et des conseillers d'une vertu éprouvée, devant lesquels tous les voiles étaientlevés. Et le père Lombard s'écrie: « L'État est tou- € jours mieux servi par les compagnies judiciaires, à me- € sure qu'il y a en elles plus de principes d'ordre et de € vertu et c'est ce que le Parlement de Toulouse confir- <« mera, par son exemple, dans les désastres prêts à fon- « dre sur le royaume. »
La perte du Milanais, la ligue de l'empereur, du roi d'Angleterre et des princes d'Italie ne décourageaient
pas François !•' dans ses projets de continuer la guerre et de reconquérir le duché de Milan. Pour payer les armées, il demanda à la ville de Toulouse une imposition de 64,000 livres. Deux présidents du Parlement se joignirent au sénéchal et à un président de la chambre des comptes de Paris pour appuyer cette demande, mais la ville épuisée par la peste et la famine ne vota, grâce aux efforts du premier président, qu'une somme de 18,000 livres qui s'amoindrit encore par les fraudes et les concussions des commis de la gabelle ou des capitouls. Le procureur général qui venait de succéder à François d'Olive, Raymond Sabaseri, d'un cœur d'airain, les poursuivit à outrance et le Parlement les condamna à faire amende honorable, à être privés pour toujours du maniement des deniers publics, et à faire des restitutions humiliantes ; quelques-uns furent condamnés à la potence. Les capitouls de Tannée i523 demeurèrent, par le môme arrêt, comptables envers le roi de l'argent détourné par les condamnés.
Le roi demandait aussi des secours aux États assemblés à Pézénas et plus tard à Castres. Ses principaux commissaires étaient le seigneur de Mirepoix, le président d'Olmière, le seigneur de Rochechouart, sénéchal de Toulouse et l'ancien avocat du roi Robin devenu président. Le duc de Bourbon commandait les troupes ennemies assiégeant Marseille ; François P*" choisit ce moment pour faire instruire, de nouveau, le procès des complices du connétable au Parlement de Paris, ou se rendirent un président et cinq conseillers du Parlement de Toulouse, en qualité de commissaires. En même temps, Odet de Foix, maréchal
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