CHAPITRE PREMIER
François de Clary premier président. — Le conseiller d'Ouvrier. — Entrée du prince de Condé à Toulouse. — Condé au Parlement. — — Agitation dans la province. — Les États de Pézénas. — Privilège des protestants confirmé par la régente. — Service de la chambre do rÉdit.— Rivalité delà chambre de TÉdit et du Parlement. — Synodes des protestants. — Divers arrôts du Parlement et de la chambre de rÉdit. -* Les blasphémateurs. — Les duellistes. — Luttes des capitouls contre* le Parlement. — Troubles religieux à Nîmes. — Le siège présidial de Ntmes transféré à Beaucaire. — L'amiral Henri de Montmorency à Toulouse. — Querelle de préséance. — L*amiral de Montmorency au Parlement. — Charités du Parlement. — Le conseiller Tolosani. — Le président Potier de la Terrasse.— Condé reprend les armes. — Arrestation d'un de ses courriers. — Conditions exigées par Condé pour la paix. — Convocation des Étals généraux. — Retard de Condé à desarmer. — Procès d'Isabeau
xie Romillon. — Le président Guillaume de Rességuier. — Procès de fausse monnaie et de magie. — Le vicaire de Saint-Pierre-des-Cui-
^sincs Jeao Dusel. — Remontrances adressées aux capitouls. — Remon-
iranccs adressées au premier président. — Les mercuriales. — Le duc de la Trémouille à Toulouse. — Opposition du Parlement à la religion réformée.— Démission du premier président Clary, en faveur de son gendre Gilles Le Masuyer. — Remontrances du Parlement à François de Clary. ^- Opposition du Parlement et ses conditions pour installer le nouveau premier président. — Mort de François de Clary.
La reine Marie de Médicis, régente du royaume donna la première présidence du Parlement de Toulouse à François de Clary, maître des requêtes au Parlement de Paris et fils d'un trésorier de France en Guyenne. Il était né dans l'Albigeois qu'il déserta, en pleine jeunesse, pour prendre la robe d'avocat général au grand Conseil, pendant la Ligue, et plus tard un siège de maître des requêtes. Déjà, il avait traversé le pays du Languedoc» sous Henri III, avec la mission d'examiner l'état des juridictions inférieures de la province. A son grand air un peu hautain, on l'aurait pris pour un de ces seigneurs de la cour, dont Saint-Simon a dit que la noblesse se lisait sur leur fier visage. En arrivant à la première présidence, il reçut le titre de conseiller d'État. On l'installa le 21 juillet 161 1, comme on avait installé Nicolas de Verdun, en le dispensant de « l'enquête sur € sa vie et mœurs » •
Le lendemain, le Parlement, qui ne s'opposait jamais à voir, dans les mêmes mains, une charge de conseiller et une chaire de l'Université, voulut rompre avec cette tradition et enjoignit à Jean d'Ouvrier qui passait de l'Université au Parlement d'abandonner l'Université* Cette décision s'exécuta sans bruit.
C'est le prince de Condé qui allait ramener et réveil-»
CH. r^. — ENTREE DV PRINCE DE CONDE A TOULOUSE 3
1er toute une agitation au Parlement, au moment de son entrée à Toulouse. En partant de l'assemblée de Saumur pour prendre possession de sopi gouvernement de Guyenne, il voulut entrer à Toulouse parce que le ressort du Parlement embrassait une partie de son gouvernement. Il y arriva le sept du mois de septembre de cette année 1611. Au Parlement, on décida qu'un président à mortier, suivi de vingt-trois conseillers, irait le complimenter au couvent des minimes, à une des portes de la ville ; que six des plus anciens conseillers le complimenteraient sur le perron du Palais et que si le prince se couvrait, les conseillers se couvriraient aussi. Le prince mécontent fit répondre par un maître des requêtes de sa suite, qu'il s'attendait à une réception pareille à celle des Parlements de Bordeaux et de Paris, où les hommages ne lui avaient pas été ménagés ; mais les parlementaires de Toulouse ne voulurent rien ajouter aux honneurs par eux réglés.
Froissé par ce refus, le prince déclara, d'un ton aigri,' qu'il ne se rendrait pas au Palais, s'il ne devait y recevoir de plus grands honneurs. 11 voulait qu'un président à mortier l'attendît sur le perron de la grand' chambre et il exigeait un fauteuil à l'audience. On lui refusa le fauteuil; il se décida pourtant à aller au Palais, le 9 septembre et à siéger à la grand'chambre où la Tournelle s'était rendue. Le Parlement n'avait pris que les robes noires. Le duc d'Uzès, le duc de Ventadour, les sénéchaux de Guyenne et du Quercy et un cortège de gentilshommes accompagnèrent le prince au Palais. Condé prit la parole, et, au travers de choses flatteuses pour la Cour, il laissa percer son irritation, en voyant les robes noires au lieu
des robes rouges, et reprocha au Parlement de ne pas le recevoir en prince du sang. Le premier président, lui répondit que le Parlement ne pouvait lui rendre des honneurs réservés aux rois, et que la pourpre marquait la distemce du roi au sujet et la nuance de leurs réceptions. Le prince n'en alla pas moins visiter, en son hôtel le premier président.
Ces questions de vanité frivole n'amenaient que des nuées passagères : des orages plus menaçants planaient sur le pays. La régence d'une reine, les rivalités des princes, Tambition et les intrigues des seigneurs de la cour, les défiances des grandes compagnies judiciaires et les sourdes agitations des protestants remplissaient d'alarmes cette période de la minorité de Louis XIIL Dans les Cévennes et le Gévaudan, les gentilshommes se rassemblaient et semaient le désordre sur leur passage : pour les réduire à l'impuissance, Je duc de Ventadour convoqua les Etats à Pézénas et imposa la pro. vince d'une somme de 10,000 livres, sur laquelle il leva 2,000 écus. Le Parlement dénonça ce coup d'autorité à la régente qui loua sa vigilance et le pria de lui continuer ses avertissements et ses conseils, lie même courrier apportait au duc de Ventadour Tordre de renvoyer les Etats, et de suspendre la levée des sommes arbitrairement imposées à la province.
Les protestants apaisés et contenus par Henri IV se remuaient alors dans le royaume : la régente essaya de les calmer, en confirmant les privilèges accordés aux églises de la Réforme par les édits de pacification et Tédit de Nantes, en maintenant, pendant cinq ans, les troupes protestantes dans leurs places fortes, et en autorisant
DU
b HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
avec le Parlement. A la mort du connétable de Montmorency, son fils qui hérita du gouvernement du Languedoc, étant, un jour, de passage à Castres alla siéger à la chambre de TEdit.Le Parlement, ne pouvant s* en prendre à Montmorency, fit sentir son dédain à la chambre de l'Edit : il chargea le premier président de rappeler aux évêques d*Albi et de Castres, qui avaient assisté à cette audience, qu^ils n'auraient pas dû y suivre le gouverneur, € parce qu'ayant séance à la grand*chambre du € Parlement, il ne leur convenait point d'aller s'asseoir < sur un siège de justice moins élevé ».
Les protestants se vengeaient de leurs défaites dans les synodes où les enseignements de la doctrine tournèrent aux ardeurs de la politique et de la guerre. Le Parlement les surveillait de loin et défendait, par arrêt, à toutes les villes et communautés de la province, d'envoyer les députés aux synodes de Saint-Jean-d'Angely et de La Rochelle, avec injonction aux magistrats et aux consuls de les emprisonner et aux gentilshommes de prêter main-forte. A cette décision, les protestants répondirent par des récriminations et des menaces qui n'ébranlèrent pas les parlementaires. Entre les deux systèmes, d'une rigueur excessive ou d'une trop large tolérance, le Parlement cherchait une voie de modération et de conciliation. Sans vouloir écraser la Réforme^ il n'entendait pas l'encourager et lui donner des forces. Il savait qu'elle se recrutait dans l'ombre et ne suppliait la régente que les armes à la main. La reine, n'osant pas rejeter les demandes des assemblées de Sautpur, l'esprit de révolte se ranimait dans les synodes et enhardissait les calvinistes qui allumaient, d'un bout de la pro-
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vince à l'autre, des foyers de dissensions et de guerres.
Le Parlement ne se laisse pas distraire de sa mission de justice par ces sollicitudes de la politique, il envoie à Muret et à Grenade, villes rebelles, le conseiller Bertrand, en qualité de gouverneur ; le président des enquêtes, de Senaux, est envoyé dans le ressort, par ordre du roi, pour rétablir les catholiques dans les charges dont les protestants les avaient dépouillés. Louis XIII se souvenait ainsi des services rendus par le président de Senaux à Henri IV qui disait de lui que, par son talent, ses grandes vues politiques, sa connaissance des hommes et son ascendant sur eux, il le servait plus utilement que ses meilleurs capitaines. Dans son portrait où il a été peint en robe, tête nue, le mortier à la main, le buste épais et carré, on le dirait dans une cuirasse. Le Parlement condamne au bûcher un athée qui avait arraché, au moment de la messe, le saint sacrement des mains du prêtre, c athée singulier, dit Malenfant, séduit « par le diable, mais non magicien, ni sorcier» ; il ordonne des processions publiques, avec la châsse de saint Exupère, pour demander à Dieu de maîtriser les eaux de la Garonne violemment sorties de leur lit. Parfois, la Tournelle et la grand*chambre se disputent sur des questions de préséance et de compétence qui finissent, après de bruyants discours, par s^éteindre sous la main adroite et ferme du premier président.
La Tournelle fait une guerre incessante aux faux monnayeurs qu*elle condamnait d'abord au supplice de Thuile bouillante, et qu'elle envoya ensuite à la potence. On ne jetait les suppliciés dans la cuve brûlante qu'après leur mort sur le gibet. De son côté, la chambre
de rÉdit ne pouvait suffire au châtiment des pillards et des bandits qui infestaient les Cévennes : les Etats demandèrent au roi l'établissement d'une chambre ardente destinée à exterminer les scélérats qui bravaient tous les supplices. En attendant, le Parlement continuait à rcondamner les blasphémateurs, de même que les femmes de mauvaise vie, à être enchaînés dans une cage de fer et plongés trois fois dans la Garonne.
Le Parlement n'épargnait pas les duellistes. L'Edit d'Henri IV n'arrêtait pas cette fureur des duels ; il importait peu aux gentilshommes, qui jouaient leur vie à toute heure, d'entendre prononcer contre eux la peine de mort. On les vit parfois s'assembler sur les places de Toulouse, se partager en deux camps et se battre, AU soleil, les dames aux balcons. Un jour, deux duellistes, une large blessure au flanc, et pouvant se traîner à peine, se réfugièrent chez les deux conseillers Dufaur de Saint-Jory et d'Ouvrier. A cette nouvelle, le Parlement manda les deux conseillers et ordonna au greffier criminel d'aller visiter leurs maisons. C'est en vain que le conseiller d'Ouvrier s'engageait à répondre du gentilhomme mortellement blessé que le greffier criminel venait de découvrir aux prises avec la mort ; par arrêt du Parlement, le duelliste fut transféré aux prisons de la Conciergerie. Ce droit d'asile donna lieu, plus d'une fois, à des plaintes des gens du roi : un arrêt du Conseil, du i5 décembre 1662, finit par les autoriser à pénétrer partout, pour arrêter les coupables, même dans les hôtels des membres du Parlement.
. Un autre jour, cent vingt gentilshommes de la suite