‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 2 sur 182 · CH. 1*'. — LUTTES DU PARLEMENT CONTRE LES CAPITOULS Q · texte numérisé non relu

CH. 1*'. — LUTTES DU PARLEMENT CONTRE LES CAPITOULS Q

du prince de Condé, à cheval et Tépée à la main, traversèrent la ville pour aller s'égorger hors des portes ; d*autres marchant à pied les suivaient, en chantant, prêts à se battre dans la rue des Changes. Cette fois, le peuple, soutenu par les capitouls, loin d'encourager ces combats, dispersa les duellistes et tendit des chaînes dans les rues. Sur cette question des duels, les capitouls secondaient le Parlement de tous leurs efforts ; ils ne cessaient d'ailleurs de se mettre en lutte avec lui. Le jour de la procession de la Pentecôte de 1612, ils voulurent marcher en dehors du rang que leur assignaient les arrêts ; le premier président, dit le père Lombard, € les en fit gentiment avertir et évita un scandale » ; mais le Parlement manda ensuite à sa barre quatre capitouls et les menaça d'en suspendre deux de leurs fonctions. Sur les humbles excuses du syndic de l'Hôtel de Ville, le Parlement se borna à la plus sévère des réprimandes.

Au lendemain de cette soumission, les capitouls reprennent leurs tendances d'envahissement et d'opposition, en entreprenant, contre la volonté du Parlement, la reconstruction de l'arsenal. La régente leur ayant envoyé des lettres patentes qui leur donnaient raison, ils s'empressèrent de faire publier ces lettres, mais le Parlement mit en ajournement les quatre capitouls Boyer, Potier, Ducros et Péguillan, les suspendit de leurs fonctions, fit saisir leurs armoiries déjà sculptées pour être encastrées au-dessus du portail de l'arsenal et prohiba les assemblées de l'Hôtel de Ville, c sans préjudice des < lettres de la reine >.

Deux capitouls et quatre bourgeois partirent aussi-

lO HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE

tôt pour Paris, afin de demander secours et protection à la régente. L'Hôtel de Ville allait se soumettre, et de même qu'après la procession de la Pentecôte, il recula devant la fermeté de la Cour. Deux capitouls arrivèrent au Palais et supplièrent la Cour d'oublier le passé, de remettre en ses grâces l'Hôtel de Ville, promettant de ne pas se servir des lettres de la reine, de rappeler les députés envoyés à Paris, et de vivre et mourir ses très obéissants serviteurs, toujours prêts à exécuter ses commandements. Un nouvel arrêt les mit hors de Cour, en leur interdisant de continuer la reconstruction de l'arsenal.

A Nimes, les passions religieuses ne s'éteignaient pas comme une querelle de capitouls et de parlementaires ; elles se rallumèrent, tout d'un coup, le jour où le célèbre ministre protestant Jérémie Ferrée abjura la Réforme et fut pourvu, par le roi, d'un office de conseiller au présidial. A peine le bruit se répandit à Nîmes, que ce ministre si longtemps vanté comme un des plus fameux soutiens de la religion réformée allait faire une profession publique de la foi catholique, qu'une furieuse troupe d'hommes et de femmes du peuple saccagea sa maison, brûla ses meubles, ses papiers et ses livres et l'eût égorgé s'il ne s'était sauvé par les toits.

Dans son indignation, le roi transféra à Beaucaire le siège présidial de Nîmes et ordonna au Parlement de procéder, par toutes voies de rigueur, contre les émeutiers, mais après lecture de lettres royales qui investissaient, à la fois, de cette poursuite, le Parlement et la chambre de l'Édit, comme si elles voulaient mettre ces deux juridictions au même niveau, le Parlement ajouta

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