‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 101 sur 182 · CHAP. XV. — ESPRIT GALLICAN AU PARLEMENT · texte numérisé non relu

CHAP. XV. — ESPRIT GALLICAN AU PARLEMENT

pas sur le passage du Parlement, comme le peuple de Paris, devant le cercueil royal courant la nuit vers Saint-Denis ; seuls, les clercs de la Basoche parcoururent les rues, et chantèrent en l'honneur du régent.

Il semblait que la vieille monarchie descendait dans la tombe avec le grand roi. Le Parlement de Paris casse son testament et donne la régence au duc d'Orléans. A Toulouse et dans les autres provinces, les Parlements ne songeaient pas encore à secouer le joug et à se reprendre à la vie politique. En signe de joyeux avènement, le régent leur rend leur droit de remontrances. On connaît l'admirable lettre persanne où Montesquieu disait : « Le régent qui a voulu être agréable au peuple a paru € d'abord respecter les Parlements, image de la liberté « publique, et comme s'il avait pensé à relever le temple < et l'idole, il a voulu qu'on les regardât comme l'appui € de la monarchie et le fondement de toute autorité lé- « gitime. »

Le Parlement de Toulouse se tient à l'écart et se borne à instituer, à l'Université, deux chaires consacrées à l'enseignement de la doctrine de saint Thomas d'Aquin, et à commencer des informations contre l'évéque de Lombez dont les valets avaient maltraité des ouvriers travaillant sur ses terres, et contre l'évéque de Montpellier, pour outrages envers la Cour des comptes* Le vieil esprit gallican ne mourait pas au Parlement, Dès que la bulle UnigeniluSj fulminée par le pape Clément XI fut imprimée à Rome en 1718, le Parlement en reçoit l'appel comme d'abus, interdit aux imprimeurs et aux libraires de la publier, et déclare que les ministres de la cour de Rome abusant des ménagements

que la France a eus pour le Saint-Siège, ont publié plusieurs brefs, à la faveur desquels ils ont anéanti les libertés de réglise gallicane. Il renouvelle bientôt ces prescriptions, à Toccasion des mandements des évoques de Lavaur, de Saint-Pons et de Vabres, et s'élève contre les écrits qui érigeaient, en maxime, que cette bulle était un article de foi. Il y a cette phrase dans l'arrêt: « La déclaration du roi, du mois d'octobre 1717,

< fait assez connaître que l'église universelle n'a pas ac- € cepté la constitution UnigcnilitSy et les Parlements du

< royaume se sont opposés aux mandements des éve- « ques fondés sur cette acceptation. >

Le Parlement devait revenir, dix ans après, sur cet arrêt, et enregistrer la déclaration royale de 1780 qui consacrait les édits de Louis XIV sur la condamnation des propositions de Janséniu3, l'exécution des bulles d'Innocent X, Alexandre Vil et Clément XI, sur l'observation de la bulle Unigenilus et la soumission due aux jugements de l'église universelle, en matière de doctrine et de dogme. Pourtant, le Parlement ne paraît pas se mêler aux démarches actives faites auprès du régent, par les jansénistes, pour rétablir à Toulouse le couvent des Filles de l'Enfance supprimé depuis trente années. Au travers des mémoires, des requêtes et des pamphlets qui se croisèrent en tous sens, on ne rencontre le nom d'aucun parlementaire.

Quand l'agiotage, enrichissant les manieurs d'argent et les traitants, eut envahi la société sous la régence, le Parlement, aussi bien que d'Agucsseau, vit le danger et engagea la lutte contre cet ennemi triomphant et ayant le prince sous sa bannière. Il envoie des remontrances,

Page 1