‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 102 sur 182 · CHAP. XV. — AGIOTAGE. — REMONTRANCES · texte numérisé non relu

CHAP. XV. — AGIOTAGE. — REMONTRANCES

animées de Tinspiration de la raison et de la conscience, et dont les maintes colères flétrissaient ce déchaînement de corruption et cette furie de plaisirs et de jeux. Il découvrait la large plaie qui dévorait le royaume, et refusait d'enregistrer des édits de nature à porter atteinte à la fortune et à Thonneur du pays. A ces remontrances, le garde des sceaux d'Argenson répond par des lettres de jussion. Sur ces entrefaites, le premier président de Bertier part pour Paris, essaie d'adoucir, dans une longue lettre au Parlement, la rudesse des lettres de d'Argenson, en l'assurant qu'au Conseil du roi les remontrances avaient paru respectueuses, sages et modérées. Rien n'était plus vrai : en lisant ces remontrances, on ne tarde pas à reconnaître qu'elles n'ont ni passion ni faiblesse, et qu'il n'y a, en elles, d'autre amertume que celle qui vient du douloureux spectacle des convoitises scandaleuses et de l'amour effréné de l'argent.

A chaque édit établissant quelque nouvel impôt, reparaissent les remontrances, les protestations ou les refus d'enregistrement. Parfois, les Etats et la Cour des comptes viennent en aide aux parlementaires, et le gouvernement retire ses édits et cède aux remontrances. Il reprend vite son langage hautain, et lorsque le Parlement proteste contre la déclaration relative aux substitutions en Languedoc, Ponchartrain le rappelle à la soumission et au respect envers la Couronne. Plus que jamais, le Parlement relève la tôte et il écrit ainsi au roi, à l'occasion de Tédit portant fixation des rentes au denier cinquante, ruineux pour la province :

€ Sire, Votre Majesté nous permettra de lui décou-

€ vrir tous nos maux et quelle en a été la source. Nous € la supplions de jeter les yeux sur ces fortunes rapides € qui se sont élevées depuis six mois. Elles ont tourné « à la ruine de TEtat ou à l'utilité particulière de ceux € qui les ont faites. Ces fortunes, Sire, vicieuses dans € leur principe, ont jeté les anciennes familles de cette € province dans Tétat déplorable où nous les voyons... c Ces mêmes hommes, accoutumés au monopole et à € l'agiotage, sont venus s'établir en ce pays et, par € l'achat des marchandises les plus nécessaires à la vie € et l'abondance du papier, se saisissent de toutes les « denrées; ils y mettent le prix qu'ils veulent et rédui- € sent vos sujets aux dernières extrémités. Nous ne € pouvons garder le silence dans des circonstances € aussi tristes, sans contrevenir aux lois de notre cons- € titution et [sans enfreindre nos serments; elle nous « enjoignent de donner à Votre Majesté des avis fidèles € dans toutes les affaires qui regardent Votre personne € et Votre royaume. »

Tout entier aux vrais intérêts de la nation, le Parlement laisse s'achever en silence la conspiration de Cellamare, sans écouter les appels à la révolte du roi d'Espagne. Il s'inquiétait bien plus de la peste qui ravageait Marseille et menaçait de reparaître en Languedoc ; il organisait les conseils de santé et, par de sages mesures, éloignait le fléau, du Gévaudan, de TAlbigeois et du Quercy où il décimait les populations.

En l'hôtel du président aux enquêtes d'Aguin, descendit, en l'année 1721, Mehemet-Effendi, ambassadeur du Sultan, se rendant à Paris pour voir le roi. Les d'Aguin, de vieille race parlementaire, étaient renom-

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