‹ Histoire du Parlement de ToulouseChapitre 153 sur 182 · CH. XXVI. — JUGEMENT SUR LE CHANCELIER MAUPEOU · texte numérisé non relu

CH. XXVI. — JUGEMENT SUR LE CHANCELIER MAUPEOU

mains d*ua corps indépendant, les adressaient aux Parlements, comme si ce droit de vérification entrait dans la constitution de TEtat.

De ce que cette entrave fut souvent gênante, téméraire et tracassière, était-ce une raison de couper l'arbre à la racine et d'envelopper les Parlements dans une commune abolition ? Sans les détruire, on aurait pu les contenir et les renfermer dans le cercle de leurs véritables attributions. Les Parlements et le chancelier franchirent à la fois les barrières, les Parlements en n'écoutant que leur ambition et en s'immisçant dans le pouvoir royal, et le chancelier en ruinant arbitrairement les grandes compagnies de magistrature, dont les remontrances signalèrent, plus d'une fois à la Couronne, les dangers qui la menaçaient. Qui aurait osé porter les doléances du peuple aux pieds du trône, puisque les Etats généraux n'étaient plus convoqués depuis Tannée 1614 ? L'excuse des Parlements a été de se croire la voix et l'âme de la nation ; leur tort d'avoir été plus jaloux de leurs privilèges, que des droits de la Couronne. C'est pourquoi la raison a paru être du côté du chancelier qui espérait sauver la monarchie du naufrage où elle allait sombrer.

Les magistrats de ses Parlements ne surent pas tenir ses promesses : les nouveaux n'eurent ni le savoir, ni la vertu des anciens. Ce n'était pas tout de renverser un édifice séculaire abritant les libertés publiques ; pour remplacer les Parlements, il fallait de nouvelles compagnies judiciaires d'une intégrité, d'une science et d'une fierté de caractère, sans reproche et sans tache. En ac-

complissant son œuvre, le chancelier songea, moins à choisir des hommes dignes de remplir leur mission, qu'à chercher partout des magistrats dociles, pliant sous sa volonté et disposés à obéira ses ordres.

Dans son mémoire justificatif adressé à Louis XVI, le chancelier, tout en essayant de justifier ses réformes et les odieuses manœuvres de son coup d'État, laisse entrevoir le fond de sa pensée et se condamne en lui-môme, en confessant que la nouvelle justice n'avait ni l'autorité morale, ni l'honneur, ni la science des anciens Parlements. Il ne peut s'empêcher de reconnaître que les juridictions issues de sa réforme étaient avilies dès leur naissance : elles étaient vouées à une réprobation prochaine, autant par leur indignité personnelle, que par les sarcasmes de Beaumarchais. Pour avoir une existence longue et respectée, il ne suffit pas à la justice d'être créée à coup d*édits ou de décrets ; il est nécessaire qu'elle soit digne du respect public. Aussi, les innovations du chancelier ne furentelles qu'une œuvre informe et pleine de désordre. N'eutil pas aussi le tort de s'engager dans cette entreprise périlleuse, avec des ministres que le pays n'estimait pas, et de s'associer à des intrigues de cour, en ne séparant pas ses plans de réforme, des édits de finances imagiginés par l'abbé Terray, et en se rapprochant de madame Du Barry ?

On a accusé enfin le chancelier d'avoir, en frappant les Parlements, confondu sa colère avec la vindicte de l'Etat. Dieu seul a connu le fond de sa pensée. C'est une légende partout accueillie, que le chancelier Maupeou ne doit être regardé dans l'histoire, que comme un de

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ces personnages perdus de réputation, qui semblent résumer en eux les vices de leurs temps, et qui sont consacrés dans la singulière majesté de leurmauvaise renommée, de môme que d'autres dans la majesté de leur vertus. Nous qui avons recueilli le fruit lointain de ses réformes, nous ne pouvons que nous incliner devant cet esprit de rénovation qui a préparé les voies de la justice de notre siècle. S'il faut le blâmer d'avoir sacrifié de nobles existences au succès de son entreprise, on doit le louer pour la hauteur de ses vues : ce qui ne lui sera jamais pardonné, c*est la rigueur de ses mesures contre les parlementaires* S'il n'est pas de ceux qui ont laissé dans l'histoire une trace toujours sereine, ce sera du moins son éternel honneur de n'avoir jamais, dans l'exécution de son dessein, plié le genou devant la colère ou l'orgueil de ses ennemis. Il y a un but dans sa vie, et ce but est grand, c'est le combat d'un serviteur de la royauté contre la souveraineté parlementaire qui envahissait le trône.

Dans ce retour à l'équité, il n'y a, je le crois, ni aveuglement, ni passion ; il y a un sentiment tardif de justice et une vue plus droite et plus vraie du mouvement des hommes et des choses. La part des fautes faites à chacun, on peut, à la fois, être inexorable pour la violence des moyens dont se servit le chancelier Maupeou, dans l'accomplissement de son coup d'Etat, et respecter le sentiment qui l'inspira. L'histoire ne doit pas avoir des hasards comme les batailles et abaisser certaines renommées, sans lumière ni pitié.

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