CHAP. XXVII. — LES REVENANTS
« dirent, en foule, pour être les témoins de la rentrée du € Parlement. Un chacun s'écriait, avec des transports « d'allégresse : Hœc est dies quant fecil dominus ; exultemus « et Icetemur in ea. »
Ce ne furent que cavalcades, banquets, feux de joie, illuminations, aumônes, spectacles et concerts sur les places publiques, arcs de triomphe et visites des dames chez les exilés qu'on n'appelait que les revenants. La noblesse,les capitouls etles consuls de la Bourse se préparent à ces fêtes brillantes, en faisant frapper des médailles commémorât! ves de ce grand événement, en payant les amendes des prisonniers détenus aux prisons des gabelles, en sollicitant la liberté des autres, et en chantant desTeDeum d'actions de grâces. L'ordre des avocats chargeait son bâtonnier Désirât d'aller complimenter, en Tabsencedu premier président, le président de Pui vert, le plus ancien des présidents à mortier ; les procureurs décidaient, par acclamation, de marier six filles pauvres, aux frais de la communauté et de payer les fêtes de la Basoche.
On dit que le président de Puîvert pleura en entendant ce passage du compliment de Désirât : « L'ordre des avocats a fait les vœux les plus eurdents pour cette heu- 4: reuse révolution. Son intérêt seul l'y aurait engagé. La < gloire de la magistrature nous appartient en quelque € sorte : notre honneur est lié au sien. On ne saurait « la frapper, sans que notre ordre en ressentît le contre- « coup. Jugez, monsieur, combien ces rapports ajoutent « au tendre intérêt qu'inspire la vertu éprouvée par tant € de disgrâces. »
Le jour où Désirât parlait ainsi au président de Pui-
vert, la commission intermédiaire voulut mêler sa voix au bruit de ces réjouissances, et ordonna des feux d'artifice sur la place du Palais, des illuminations générales et des distributions de pain et de vin. Triste retour des choses humaines : les magistrats encore en fonctions, les manants, pour parler comme le peuple, cherchaient à faire oublier leur soumission au chancelier Maupeou ; le peuple les huait dans les rues. Le soir du même jour, les fanfares de la Basoche sonnèrent d*un bout de la ville à l'autre et donnèrent leurs sérénades, devant l'archevêché et les hôtels des présidents. L'université prenait trois jours de congé pour se préparer aux fêtes ; les églises retentissaient de louanges envers Dieu ; le chapitre de la cathédrale votait, à perpétuité, une somme de 3,000 livres, destinée à marier, à la chapelle duPalais,une fille pauvre, au choix du premier président. Les commis des marchands donnaient, deleur côté,un métier à quatre orphelins. Il semblait, dit le Journal des affiches cl des annonces, qu'un génie patriotique versât sur la ville des trésors de joie et de bienfaisance. Ce que la nation saluait ainsi, c'était moins peut être la condamnation de l'œuvre de l'ancien chancelier, que le despotisme avec lequel il l'avait accomplie.
Ea même temps, se ranimèrent les rancunes contre les magistrats du Parlement-Maupeou. L'union des citoyens et des parlementaires, célébrée par l'intendant de Saint-Priest, n'était qu'une chimère. Un pamphlet arriva de Londres, sous ce titre : Réflexion d'un citoyen, sur la protestation du Parlement de Toulouse^ du 3i août 1771, ai/.vJ.-F. du Tripot de Toulouse. On y traitait les magistrats du Parlement-Maupeou, de traîtres, de lâches déserteurs et de