CHAP. XXVII. — LES PAMPHLETS 64I
gredins affamés. Aux exilés qui rentraient, le cœur plein d'amertumes, ce pamphlet disait : < Comptez-vous pour « rien la honte de servir avec de faux frères qu*on est « forcé de mépriser? Souvenez- vous que vous n*êtes pas « faits pour vivre ensemble. » Et s'adressant aux membres du Parlement-Maupeou, il ajoutait : « Vous avez « élevé un mur d'airain entre vos collègues et vous. « Qu'attendez-vous donc pour vous retirer? Plus de paix, « plus d'union entre vous. Le service du roi et le bien de € la j ustice souffriraient trop de cet étrange alliage. Aban- « donnez,de vous-mêmes, des places où vous devez sen-
< tir que vous n*âtes plus bons à rien. Soyez assez gé- « néreux, pour souhaiter que votre humiliation effraye, c un jour, les magistrats qui seraient tentés de vous c imiter, et pour féliciter votre compagnie d'avoir porté, « dans son sein, quatre-vingts magistrats plus vertueux « que vous. >
Un second libelle suivit de près ce pamphlet : il visait surtout le premier président de Niquet. Dans ces Observations sur la situation actuelle de M. de Niquet, on disait au premier président, qu'il ne valait rien pour la place par lui occupée au Parlement, et qu'il importait à son honneur de s'en démettre sur-le-champ. On l'accusait de trahison et de dureté de cœur envers ses anciens collègues : « Vous trouviez mauvais, disait le libelle, que la « présidente Du Bourg vînt, tous les quinze jours, à
< Toulouse pendant l'exil de son mari et de son fils. Le « président de Sauveterre vous reproche l'exil de sa
< sœur, le président de Puivert, la mort de sa femme. « Que ne peut-on vous reprocher ! Il n'y a personne. « dans le Parlement, qui n'ait à se plaindre de vous. >
642 mSTOIUE DU PARLEMENT DE TOULOUSif:
On lui disait encore avec une àpre ironie : « Mais M- de « Niquet est tant aimé à Toulouse ! ne le croyez pas .
< tout le monde connaît la portée de ses talents et sait, € par cœur, les anecdotes de sa vie privée. On supporte « impatiemment cette protection accordée à toutes les
< filles, à tous les suppôts des mauvais lieux. On sait « apprécier ce mépris des bienséances que des années € ont décoré du nom de bonhomie. »
Ces libelles furent déférés aux chambres assemblées, qui les firent lacérer et brûler par la main du bourreau dans la cour du Palais.
Un autre écrit, dont la vogue fut grande, se colporta librement à Toulouse ; il avait pour titre : Heures nou^ velles à tusage des magislrals et des bons ciioxens. Cétait une sorte de centon commençant par un calendrier, où les noms des saints étaient remplacés par les noms des hommes illustres de la France et des noms obscurs que Tesprit de parti y avait introduit. Après le calendrier, venait la messe chantée par un conseiller clerc du Parlement-Maupeou, et dont la liturgie avait été singulièrement transformée. Je cite les premières lignes de lintroïl,
€ Le célébrant : Me présenterai-je à l'autel du Seigneur ?
« Le répondant : Sonde ton cœur et vois si tu en es
< digne.
€ Le célébrant : Jugez-moi, Seigneur, ou plutôt pu- € nissez-moi ; ôtez-moi du milieu d'une nation que j'ai « trahie ; séparez-moi des hommes justes que j'ai trom- « pés.
« Le répondant : Dieu est juste, mais il est clément.